Exit Jules Féry, place à Serigne Mountakha Mbacké ! L’inauguration de la rue qui porte le nom du 8ème Khalife Général des Mourides a eu, hier dimanche 1er février 2026. A cet effet, la Communauté mouride s’est mobilisée comme un seul homme pour rendre un vibrant hommage au Sage de Darou Miname. Le représentant du Khalife Général des Mourides, le Diawrine Ahmadou Mbackyou Faye, principal maître d’oeuvre de cet événement, a, lui, livré un message fort qui décrit le parcours riche de gloire du parrain du jour, Al Mountakha Ibn Bachir Mbacké.
In extenso.
Ce parrainage: une portée affective, spirituelle et pédagogique C’est avec beaucoup d’humilité mais avec infiniment d’enthousiasme aussi, que je m’adresse à vous, à l’occasion de cette cérémonie de baptême de rue dont la symbolique n’échappe à personne. D’abord parce que l’attribution d’un nom à un lieu de vie a toujours été un acte fort dédié à des figures hors du commun, ou plus exactement, à des personnages sortant de l’ordinaire du commun des mortels que nous sommes, par leurs actes en faveur de la collectivité. Ensuite, parce que cette noble initiative ferme le chapitre d’un ordre ancien pour en ouvrir un nouveau, mettant en exergue la carrure et le leadership incarné par Serigne Mountakha Bachir Ibn Khadimou Rassoul, Khalife Général des Mourides. Mesdames et Messieurs, la portée affective, spirituelle et pédagogique de l’acte qui vient d’être posé, et l’impact qu’il peut avoir au sein des communautés de vie dans Dakar voire au-delà, sont tout simplement inestimables. C’est donc avec beaucoup d’émotion et un grand sens des responsabilités que le Cheikh a accueilli et accepté cette décision de la Commune de Dakar Plateau.
Je peux vous assurer ici, qu’il apprécie hautement, non seulement l’honneur fait à sa personne, mais également cette marque de considération incommensurable pour l’héritage qu’il porte aujourd’hui sur ses épaules. Aussi me charge t-il de vous dire de vive voix, toute sa fierté, et de vous transmettre ses prières. La reconnaissance de toute l’histoire de la quête spirituelle d’un Grand Homme J’ajouterai si vous le permettez, particulièrement en direction de la nouvelle génération qui peut-être connaît moins bien ce Saint Homme, que cette distinction, parce que ç’en est une, n’a rien d’anodin. Loin de là. C’est, à nos yeux, la reconnaissance de toute l’histoire de la quête spirituelle d’un Grand Homme, avec comme credo la soumission au Seigneur des mondes, l’adoration de son Prophète, et avec comme viatique les solides enseignements de son illustre grand père Cheikh Ahmadou Bamba Khadimou Rassoul, des enseignements qui constituent pour les talibés que nous sommes, une Étoile du berger et des balises sur notre chemin de vie.
De Touba Mboul où il a démarré ses humanités à l’âge de 5 ans sous l’autorité de l’imam Cheikh Abibou Mbacké, à la Mauritanie en compagnie de son cousin Cheikh Moustapha Abdourahmane Lô père de l’Imam Ratib, Serigne Khadim Lô ici présent, après un passage par Diourbel, Serigne Mountakha Bachi Mbacké a poli son éducation religieuse et approfondi ses recherches en sciences islamiques. De retour au pays, il a révélé le caractère et la morale des anciens soufis qui étaient en lui, se définissant lors de sa première rencontre avec l’ensemble des familles de Cheikh Ahmadou Bamba et des notables de la Muridiyya, comme le Ghoulam Al Khadim ou le Serviteur de Cheikh Ahmadou Bamba, son guide et son inspirateur. Cela lui vaudra d’ailleurs une grande proximité avec les Califes de Touba, ses illustres pères, Serigne Fallou Mbacké, Serigne Abdoul Ahad, Serigne Abdoul Khadr, Serigne Saliou, et ses frères Cheikh Mouhammadou Lamine Bara Falilou et Serigne Sidy Mokhtar Mbacké. Son rôle de pré-califat l’a conduit à s’occuper des affaires religieuses de Touba. Il a conservé ce statut jusqu’à ce qu’il devienne le Calife de Darou Miname, suite au rappel à Dieu de son grand-frère Serigne Moustapha Bachir Mbacké auquel il vouait un attachement sincère et une affection sans faille. C’est pourquoi j’ai, aujourd’hui plus qu’hier, la conviction profonde qu’il n’y a pas de hasard. Cet hommage rendu aux vertus fondamentales de foi, de pureté, d’authenticité, de modestie et de générosité intellectuelle, en est la parfaite illustration. Pouvait-il en être autrement ? Assurément non ! Quand on porte les noms Al Mountakha et Al Bachir, pour ceux qui savent, on ne peut pas échapper à son destin. Lorsqu’on a atteint un tel niveau d’érudition et de piété ; lorsqu’on entretient une relation privilégiée aussi bien avec la réalité des choses qu’avec leurs sens cachés ; quand, enfin, on prête une oreille attentive et compatissante au quotidien de ses concitoyens, et que par ailleurs, on porte en bandoulière la baraka des élus de Dieu, on est en droit de s’attendre à un alignement des planètes synonyme de bénédiction divine sur son chemin.
Je n’ai aucun doute que cette célébration est aussi et par dessus tout un hommage aux vertus de solidarité et de partage que Serigne Mountakha Bassirou Mbacké incarne avec humilité et constance aux yeux de ses concitoyens. Et ce n’est pas tout. L’homme a quelque chose de presque irrationnel qui l’associe aux grands rendez-vous de notre pays, tant au niveau spirituel qu’au plan économique et social. Ces signes qui ne trompent pas Il y a des signes qui ne trompent pas. Pour s’en convaincre, il suffit de passer au révélateur l’entame de son califat. Serigne Mountakha Bassirou a succédé à Serigne Sidi Moukhtar Mbacké en janvier 2018. Le 20 décembre de la même année, il est aux côtés de l’ancien Président de la République du Sénégal Macky Sall pour l’inauguration de l’autoroute Ila Touba reliant Thiès à la Ville Sainte. Une route, déjà, comme par hasard, qu’il emprunta le 27 septembre 2019, pour la cérémonie d’inauguration de la grande mosquée Massalikul Jinaan à Dakar, en présence du président sénégalais de l’époque et de l’ancien président Abdoulaye Wade. Un tête à tête inattendu et indispensable, au regard des circonstances, et qui va donc sceller des retrouvailles émouvantes entre les deux personnalités, pacifiant ainsi l’espace politique de notre pays. Le 18 septembre 2021, il marque de sa présence l’inauguration de l’hôpital Cheikhoul Khadim de Touba. Le 6 février 2023, c’est encore lui qui préside la cérémonie d’inauguration de l’université Cheikh Ahmadoul Khadim de Touba, un complexe universitaire grandiose dédié à l’enseignement des sciences religieuses et modernes d’un coût estimatif de plus de 48 milliards, entièrement financés par la Communauté mouride sous sa haute autorité. Serigne Mountakha ou le Khalife mécène Et comme le Maroc fait l’actualité, en septembre de cette même année 2023, Serigne Mountakha Mbacké offre une contribution substantielle de 100 millions FCfa au peuple marocain frère en guise de soutien, à la suite du séisme qui a frappé le royaume chérifien. Plus qu’un long discours, ces faits révèlent la nature profonde du personnage, un combattant de l’Islam, de la solidarité entre communautés, de l’éducation des jeunes, de la construction d’infrastructures de base, et du bien être des populations. Depuis son installation dans ses fonctions de Khalife Général des Mourides, Serigne Mountakha Bassirou Mbacké s’est pleinement investi dans la préservation et l’affermissement de l’héritage ; nonobstant cela, son empreinte est toujours présente dans toutes les initiatives qui concourent à l’unité nationale, au combat contre la précarité, au dialogue inter- confrérique et inter-religieux. Il serait fastidieux dans le cadre de cette cérémonie, d’énumérer toutes ses actions dans ces domaines importants pour la marche du pays vers l’émergence. Au risque d’offenser sa discrétion et son humilité légendaires, j’en citerai néanmoins certaines qui ont marqué les esprits en raison de leur contexte, et qui sont particulièrement symptomatiques de la dimension du personnage : la participation de 100 millions FCFA pour l’achèvement de la Grande Mosquée de Tivaouane ; la contribution de 100 millions FCFA au projet de construction d’un complexe éducatif par la famille de Serigne Cheikh Gaïndé Fatma ; l’appui de 100 millions FCFA à la république sœur de Turquie suite à un tremblement de terre qui a coûté la vie à plus de 50 mille personnes ; la participation à hauteur de 30 millions FCFA pour l’édification du Centre Al Fayda de la Communauté de Médina Baye à Kaolack ; la distribution de plusieurs tonnes de vivres estimées à 200 millions FCFA aux populations de Touba et environs durant la pandémie du Covid ; un chèque de 200 millions au profit de l’État du Sénégal au plus fort de la Covid 19 ; l’appui de 100 millions FCFA aux commerçants sinistrés suite à l’incendie du marché Ocass de Touba ; l’appui aux familles des victimes des événements politiques entre 2021 et 2024 d’un montant de 50 millions FCFA. Son chantier en cours, dont nous souhaitons vivement qu’il ne soit pas le dernier à l’endroit de cette communauté, est la rénovation de la grande mosquée de Touba qui fait la fierté de tout un peuple avec un coût prévisionnel de 100 milliards de nos francs, rénovation en hommage à l’œuvre grandiose, inestimable, inépuisable, éternelle de Cheikh Ahmadou Bamba Khadimou Rassoul. Il disait dans l’une de ses khassidas (citation) Mesdames et Messieurs, Ces contributions témoignent non seulement de la profondeur de ses convictions propres, mais aussi de sa haute idée de l’État, de la nécessaire synergie d’action entre le temporel et le spirituel aux côtés de toutes les forces vives de la nation ; toutes choses destinées à cultiver les valeurs qui constituent la sève nourricière du vivre ensemble.
Même si aujourd’hui, nous vivons un monde où les mots perdent leur essence, n’ayons pas peur de dire tout simplement que nous parlons ici d’un Homme exceptionnel. Reconnaissance à l’endroit du Conseil municipal de Dakar-Plateau Je salue donc le choix porté sur sa personne pour à la fois repenser notre référentiel historique et offrir des modèles reconnaissables à nos contemporains, surtout aux franges les plus jeunes. C’est autant une urgence sociale qu’un devoir citoyen. Une rue n’est pas un simple maillon d’un réseau de mobilité urbaine. C’est un organe vivant sensible aux respirations et aux mutations sociales qui traversent notre espace et notre temps. C’est un cordon ombilical, un instrument d’inclusion sociale et de partage. Mesdames et Messieurs, La rue Jules Féry a donc vécu ; vive la rue Serigne Mountakha Bassirou Mbacké, ce militant invétéré pour l’avènement d’hommes et de femmes qui, par leur savoir, leur savoir-être et leur savoir-faire, seront de véritables forces de progrès capables de consolider le lien social ainsi que notre commun vouloir de vie commune. Il n’y a pas de hasard, disais-je ! Il n’y a que la rencontre des faits, des gestes et des personnes au bon moment et au bon endroit. Cette cérémonie nous en administre la preuve. Clin d’œil de l’histoire, cette rue Jules Féry, partant de l’avenue Léopold Sédar Senghor, ancienne avenue Roume et ancienne rue des ambulances, jusqu’au carrefour du Ministère de l’Intérieur, abritait le Quartier dénommé Lambinansse, quartier fondé et habité par Mame Cheikh Ibrahima Fall, qui accueillit le 11 novembre 1902 notre illustre Guide Cheikh Ahmadou Bamba de retour de son exil au Gabon. Cette rue aussi m’interpelle personnellement.
En dépit du chemin parcouru depuis lors, elle me parle comme si c’était hier, et fait défiler beaucoup d’images dans mon esprit. Tout simplement parce qu’elle est aussi le témoin privilégié de pans importants de ma vie et de celle de mes grands parents paternels qui ont accompagné Mame Cheikh Ibrahima Fall dans ses pérégrinations l’ayant conduit de Saint-Louis du Sénégal à Dakar en passant par Ndande, Tivaouane, Thiès. Pour la petite histoire,…..Daara de Félix Faure angle Ambroise Mendy, Mesdames et messieurs, pour tous ces sentiments mêlés que vous nous procurez, je tiens à remercier chaleureusement Monsieur le Maire Alioune Ndoye, le Conseil municipal, ainsi que toutes les personnes qui ont œuvré à la concrétisation de ce projet hautement symbolique qui nous réunit aujourd’hui. Je salue votre ouverture d’esprit, votre sens de l’histoire, et j’insiste là-dessus, surtout votre courage parce que ce n’était pas évident. Vous avez compris que l’avenir ne se construit pas avec des modèles et des concepts d’emprunt ou des références approximatives. Dormir sur la natte d’autrui, c’est, sans aucun doute, s’aménager un sommeil troublé et un réveil brutal. Appel à défendre notre patrimoine matériel et immatériel Nous sommes comme vous le savez, dans un monde où les repères et les valeurs morales dominantes s’effondrent comme des châteaux de cartes. Notre patrimoine matériel et immatériel, celle forgée de nos propres mains et à la sueur de notre front, doit dés lors occuper la place qui lui revient de plein droit. Il regorge de sources d’inspiration extraordinaires, d’identités remarquables, d’hommes et de femmes d’exception. Au nom de notre Guide spirituel Serigne Mountakha Bassirou Mbacké, je vous encourage à poursuivre dans cette voie qui est la seule voie de salut par respect pour les générations passées et présentes, par nécessité pour celles à venir. Et puisque vous êtes aussi dans une mission d’utilité publique, je reste convaincu que vous saurez puiser dans cet immense réservoir pour relever le défi de l’appropriation de notre destin. Je salue, pour terminer, au nom du Khalife Général des Mourides et de toute la Communauté, en mon nom personnel et de celui de la délégation qui m’accompagne, tous les représentants des nominés, et vous présente les salutations fraternelles et les prières de paix et de prospérité pour notre cher pays le Sénégal.