Human Rights Watch : La thèse spécifique sur Israël dont le blocage a provoqué la démission immédiate du directeur régional

Une crise interne secoue l’une des plus importantes organisations de défense des droits de l’homme au monde. Alors que la situation au Proche-Orient reste critique, le directeur pour Israël et la Palestine de Human Rights Watch (HRW) a annoncé son départ. En cause : le refus de sa direction de publier une enquête établissant un lien direct entre les événements actuels à Gaza et l’histoire de 1948.

C’est une rupture consommée après plus d’une décennie de collaboration. Omar Shakir, figure centrale de l’ONG dans la région, a présenté sa démission pour protester contre ce qu’il considère comme une censure éditoriale. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, ce départ fait suite à la décision de la nouvelle direction de l’organisation de bloquer la publication d’un rapport jugé trop sensible politiquement.

Le droit au retour au cœur de la discorde

Le document au centre de la controverse ne se contentait pas de documenter des violations isolées. Il proposait une analyse juridique qualifiant le refus du droit au retour des réfugiés palestiniens de « crime contre l’humanité ». Omar Shakir expliquait que ce rapport visait à établir une connexion factuelle entre « l’effacement des camps à Gaza », le vidage des camps en Cisjordanie et les attaques contre l’UNRWA.

Pour le désormais ex-directeur, il s’agissait de mettre en lumière une « Nakba 2.0 », en référence à la catastrophe de 1948 qui avait vu le déplacement forcé de 750 000 Palestiniens. Le rapport entendait démontrer que les actions actuelles du gouvernement israélien s’inscrivent dans une continuité historique visant à empêcher tout retour des populations déplacées.

La crainte d’une mauvaise interprétation

La direction de Human Rights Watch justifie ce blocage par des impératifs de rigueur, mais les échanges internes révèlent des inquiétudes plus politiques. Dans sa lettre de démission datée du 15 janvier, Omar Shakir rapporte que le directeur exécutif, Philippe Bolopion, craignait que le rapport ne soit mal interprété par les détracteurs de l’ONG comme un appel à « éteindre démographiquement la judéité de l’État israélien ».

Officiellement, l’organisation maintient que la publication a été « mise en pause » car certains aspects de la recherche et la base factuelle des conclusions juridiques « nécessitaient d’être renforcés » pour répondre aux standards élevés de l’institution. Ce processus de révision est toujours en cours selon HRW.

Une intégrité remise en question

Ce départ marque un tournant pour Omar Shakir, qui avait pourtant été expulsé par le gouvernement israélien en 2019 en raison de son travail de plaidoyer. Il estime aujourd’hui avoir perdu foi dans l’intégrité du processus éditorial de l’ONG sur ce dossier spécifique. « À certains moments, certains au sein de l’organisation, poussés par les préjugés, la pression, la politique ou la lâcheté, ont essayé de manipuler nos conclusions sur Israël/Palestine », a-t-il écrit, tout en précisant que jusqu’à présent, les faits avaient toujours fini par primer.

Cette démission intervient alors que HRW avait pourtant publié fin 2024 un rapport accusant les autorités israéliennes d’être responsables de « crimes contre l’humanité, d’extermination et d’actes de génocide » à Gaza, notamment par la privation intentionnelle d’accès à l’eau.

Votre avis sera publié et visible par des milliers de lecteurs. Veuillez l’exprimer dans un langage respectueux.

Laisser un commentaire