La voix de l’ignorance a toujours crié plus fort. Cette vérité se dévoile pour celui qui scrute l’histoire à chaque fois que les sociétés humaines ont été en prise à des contractions, car la voix devient audible. Elle chuchote, se fait discours, crie et rugit. Son murmure a aiguisé le glaive des tyrans, son discours est une construction cohérente de l’apologie de la haine de l’autre et de la violence, son rugissement a englouti des Etats entiers. Son cri est un cri de guerre.
Devant sa véhémence, la voix de la connaissance, policée et discrète, reste muette. Habituée à demeurer au service de la raison, qu’elle restitue dans des échanges chevaleresques, elle préfère la dignité du silence à la vulgarité de la cacophonie, confiante que son aura finira comme souvent à percer l’obscurité.
Le vacarme qui a envahi l’espace public sénégalais est l’exacte manifestation de ces périodes d’incertitude où les peuples doivent choisir entre l’ordre ou le chaos, la lumière ou l’obscurité, la raison où la bêtise. En effet, les lieux par excellence où il était permis d’assister à l’éclosion en direct d’idée brillantes, émises par des voix éclairées, comme le Sénégal en a toujours produit à travers des cursus d’excellence qui forgent au culte de la connaissance, sont investis par d’obscurs personnages qui ont germé sous la lumière de ces derniers, attendant avec impatience l’occasion d’éclore et d’imposer leur hégémonie.
De leur bouche, ne sort aucune idée. Ils n’en ont cure. Leurs paroles est une vendetta contre les personnes et pas n’importe lesquelles ; les symboles de la fierté du peuple, qu’elles dénudent et dépècent avec leurs langues, telles des lames acérées, avant de les jeter en pâture à leur horde vorace. Ils s’y prennent en s’attaquant à ce qui fonde leur légitimité sociale. D’abord en invalidant leurs faits d’armes historiques qui font qu’un peuple est fier de ses enfants, artisans de son passé glorieux. Ils bafouent les croyances et chahutent les idoles. Ils contestent les curricula et se moquent du mérite. Ils défient l’autorité. Que l’on ne s’y trompe pas. Ils n’ont pas l’âme trempée des révolutionnaires comme ils s’en réclament faussement.
Leur discours n’est pas porteur d’une idéologie, loin s’en faut qu’il a cela de primaire qu’il est irrationnel et se nourrit de jalousie et de revanche sociale. Bref, c’est de petit(e)s gens avec de petites idées et qui rêvent de grandeur.Tout chez eux n’est que parodie et satire jusqu’à la déraison. Ils sont reconnaissables par leurs postures désinvoltes de défi et de remise en cause des codes sociaux, le sourire aux lèvres, laissant les arguments se heurter à leurs chahuts, car ils ricanent de tout.
Lorsqu’ils se sentent acculés, ils se réfugient dans la fange, terrain sur lequel tout esprit éclairé répugnerait à les rejoindre et ils brandissent allègrement l’invective et, au besoin, l’insulte. En toutes occasions, ils dénigrent l’Etat et piétinement ses atours. Ils trahissent,sans aucun remords ce qu’ils croient savoir de ses secrets ou de ses stratégies. Ils s’adressent aux élus comme s’ils parlaient à des laquais, sur un ton qui tient au manque de respect ou même à l’outrage et s’autorisent à s’immiscer dans leur intimité et s’ériger en censeur de leur moralité. Leur témérité est à la mesure de leur ignorance. On en voit qui, ne sachant pas compter jusqu’à cent, aborder sur la place publique des questions de finances publiques et se gausser de tenir la dragée haute aux esprits les plus doctes en la matière, ou remettre en cause des choix géopolitiques, alors qu’ils ignorent tout de la géographie. Ils se disent alchimistes, mais ne connaissent rien de la chimie. Ils ne sont pas sophistes mais voltigent avec la rhétorique.
Des bouffons se disent analystes politiques ;des conteurs d’histoires se prennent pour des journalistes et se proclament chroniqueurs. Le terme est galvaudé ! Ils mentent, fomentent, vilipendent et calomnient. Ils portent leur mauvaise foi en bandoulière et nous en mettent pleines les oreilles, jusque dans nos foyers, grâce au sésame qu’offre internet avec ses applications, en particulier,Tik Tok, Instagramme, Télégramme, Whatsapp et Snapchat. Et devant leur vocifération, les fines lames de la cité se font désirer. Pourtant, ils sont pléthores les preux chevaliers auréolés qui peuvent porter la riposte afin d’anéantir ces rebuts dont la germination est aussi fulgurante qu’une gangrène.
L’on se délecte encore de leur dernière percée quand les libertés étaient bafouées et la démocratie prise en otage. Les belles ruées de Boris et de Felwine pour enlever le bâillon de la voix du peuple et laver à grande eau notre démocratie que certaines pratiques avaient fini de souiller afin de dégager la voie de la lumière pour se détourner de celle qui conduit à la nuit. Mais la libération de la voix du peuple s’est faite comme l’ouverture de la boite de pandore. Elle a aussi libéré des voix discordantes, régressives, véhémentes et porteuses de chaos.
Aujourd’hui, ce qui est en face, ce ne sont pas ceux qui incarnent les institutions et ce qui est en jeu, ce n’est pas le pouvoir. La menace est beaucoup plus pernicieuse et plus triviale. Elle s’attaque aux fondements moraux, sociaux et culturels de notre société. Elle cherche à déconstruire l’homo-sénégalensis pour qu’apparaisse un autre, au rabais, à leur dimension. Un nivellement par le bas. C’est pourquoi les solutions ne peuvent pas être principielles.
L’affrontement se fera au corps à corps ou la régression sera inévitable. Nos champions devront donc tous, sans exception, descendre de leur piédestal et traquer cette vermine jusque dans la boue où elle se cache. Il urge que Bachir descende de son destrier ailé de l’Universel, en mettant en epoké sa prêche des vertus du Ubuntu et, avec ses frères d’arme de la trempe des Boris, Felwine, Bougar, bénis par l’onction de nos Saints Hommes, se jeter dans la mêlée pour réaffirmer en le gravant sur le marbre de l’éternel, les valeurs morales, culturelles, religieuses et philosophiques sur lesquelles nos pères et, avant eux, les pères de leurs pères ont bâti notre belle nation sénégalaise pour, enfin, nous délivrer de la tyrannie de l’ignorance.
Cassandre, un citoyen sénégalais