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Guinée : une présidentielle à haut risque après une campagne mouvementée

Ils sont plus de 5,4 millions de Guinéens à devoir choisir leur président ce dimanche 18 octobre 2020, épilogue d’un an de divisions meurtrières autour d’un éventuel troisième mandat d’Alpha Condé. Et prélude à un cycle électoral en Afrique de l’Ouest, scruté anxieusement par les défenseurs de la démocratie.

C’est une élection qui suscite l’inquiétude de la communauté internationale. Après une campagne vindicative et fiévreuse, le premier tour de la présidentielle guinéenne se tient le dimanche 18 octobre dans un climat de tension extrême alimenté par la contestation contre le candidature d’Alpha Condé, élu en 2010 et réélu en 2015.

La dernière ligne droite de la campagne a en effet été marquée par de nombreux incidents dans ce pays où la confrontation politique violente et l’instrumentalisation des questions ethniques sont monnaie courante. Les jours précédant le vote ont été émaillés d’attaques personnelles, d’obstructions et de heurts qui ont fait plusieurs blessés entre militants des deux principaux concurrents, Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, un officier a été tué dans l’enceinte du camp militaire de Kindia, à une centaine de kilomètres de la capitale, et vendredi 16 octobre, les forces de sécurité ont bloqué sans explication l’accès au centre de Conakry.

Autant de raisons pour beaucoup de Guinéens d’envisager avec préoccupation le vote du dimanche 18 octobre et plus encore ses lendemains, si les résultats sont serrés ou si l’opération donne lieu à des soupçons de fraude.

Les électeurs sont invités à choisir entre douze prétendants. Sauf surprise, la compétition reviendra à une troisième manche entre Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo, déjà adversaires en 2010 et en 2015.

C’est l’affrontement de deux acteurs anciens de la scène guinéenne, aux styles diamétralement opposés. L’un, policé (Diallo), assure que son heure est arrivée. L’autre, plus frontal (Condé), ne juge aucun de ses adversaires à la hauteur.

Que des promesses

Des Guinéens interrogés par l’AFP, supporteurs ou non de Cellou Dalein Diallo, expriment leur exaspération. Leur pays est l’un des plus pauvres du monde, malgré d’immenses ressources minières et hydrologiques.

Ancien Premier ministre, Cellou Dalein Diallo a drainé les foules jeudi 15 octobre pour son retour à Conakry et ne prévoyait pas d’événement pour le dernier jour de la campagne, qui s’est achevée vendredi 16 octobre à minuit. L’annonce des résultats devrait prendre plusieurs jours. Un second tour aurait lieu le 24 novembre.

A contrario, des milliers de personnes se sont pressées vendredi 16 octobre dans le grand stade du 28-Septembre de Conakry, pavoisé de jaune, la couleur du parti au pouvoir, pour le dernier grand meeting du président sortant, placé sous haute sécurité.

Âgé de 82 ans, Alpha Condé a fait modifier la Constitution en mars pour, dit-il, moderniser le pays. Elle lui permet de briguer un troisième mandat, parce que les pendules présidentielles seraient remises à zéro.

Reculs démocratiques

La candidature d’Alpha Condé a fait descendre depuis un an des milliers d’opposants dans la rue. La protestation, sévèrement réprimée, a coûté la vie à des dizaines de civils.

Les défenseurs des droits humains dénoncent la dérive selon eux de cet ancien opposant historique, devenu en 2010 le premier président démocratiquement élu après des années de régimes autoritaires. Lui fustige les partis pris de ses détracteurs et impute à ses adversaires la responsabilité des violences.

Il revendique d’avoir redressé un pays qu’il avait trouvé en ruines, à coups de grands chantiers et de réformes destinées à vaincre la réticence des investisseurs à s’engager dans un environnement d’infrastructures défaillantes et de corruption répandue. Il se targue d’avoir fait avancer les droits humains et promet de faire de la Guinée “la deuxième puissance [économique] africaine après le Nigeria”.

À la suite des Guinéens, des millions d’Africains de l’Ouest sont appelés à élire leur président d’ici à fin 2020, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Ghana et au Niger.

La présidentielle du 31 octobre s’annonce à hauts risques elle aussi en Côté d’Ivoire, où le sortant Alassane Ouattara postule également à un troisième mandat. Au-delà du spectre de la présidence à vie, les défenseurs de la démocratie s’alarment des reculs de leur cause dans une Afrique de l’Ouest jugée autrefois pionnière sur le continent.

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