Guerre en Ukraine : pour protéger 20 000 élèves des frappes russes, Kharkiv réaffecte ce vaste réseau souterrain

À Kharkiv, deuxième ville d’Ukraine située à quarante kilomètres de la frontière russe, le maintien de l’éducation face aux bombardements impose des mesures logistiques exceptionnelles. Alors que les sirènes d’alerte retentissent plusieurs fois par jour, les autorités locales ont dû repenser intégralement l’accueil des élèves pour garantir leur sécurité tout en assurant la continuité pédagogique.

Pour échapper aux tirs d’artillerie et aux missiles, les salles de classe ont été délocalisées dans le réseau métropolitain de la ville. À la station Oleksandr Maselsky, d’anciens couloirs fermés depuis des décennies abritent désormais une école fonctionnelle. Selon un reportage de la chaîne Al Jazeera, près de 2 000 élèves y étudient par roulement, sept jours sur sept, derrière de simples portes en plastique blanc, à quelques mètres des rames en circulation.

Au total, huit stations de métro et dix bunkers ont été aménagés dans la région, permettant de scolariser environ 20 000 enfants. Cette réorganisation souterraine répond à un impératif sécuritaire strict : depuis 2022, plus de 100 enfants et 3 000 civils adultes ont perdu la vie dans la région de Kharkiv sous les frappes russes. Une nouvelle menace a d’ailleurs récemment émergé avec le déploiement de drones équipés de fibre optique, les rendant insensibles au brouillage électronique.

Pour minimiser les risques lors des déplacements, les regroupements en surface sont évités. Daria Kariuk-Vinohradova, porte-parole du département de l’éducation de la ville, précise à Al Jazeera que des bus récupèrent directement les enfants pour leur éviter d’attendre aux arrêts traditionnels, vulnérables aux attaques. Sous terre, les élèves bénéficient d’un encadrement complet, incluant la distribution quotidienne de repas chauds et d’« uzvar », une boisson locale riche en vitamines.

Notre rédaction relève que les infrastructures scolaires classiques ont subi des destructions massives. En janvier, Olha Demenko, responsable locale de l’éducation, recensait 134 écoles endommagées ou détruites sur les 184 que compte la ville. Face à cette réalité, le programme scolaire a été adapté, intégrant désormais une matière intitulée « Défense de l’Ukraine », axée sur les premiers secours et les techniques de survie.

Au-delà de la sécurité physique, ces espaces souterrains remplissent une fonction sociale et identitaire. Dans cette ville historiquement russophone, ces écoles de substitution constituent aujourd’hui l’un des principaux lieux de sociabilisation où les enfants peuvent étudier et pratiquer la langue ukrainienne au quotidien.

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