C’est une avancée significative sur le terrain militaire qui pourrait redessiner les rapports de force dans la région du Kordofan. Après des mois de statu quo et de combats intenses, les forces armées soudanaises ont annoncé avoir franchi une étape décisive dans leur confrontation avec les Forces de soutien rapide (FSR). Cette opération, menée lundi soir, marque la fin d’un long isolement pour une localité stratégique, ouvrant la voie à une reprise des flux logistiques et humanitaires.
Selon les informations relayées par Al Jazeera, l’armée soudanaise a réussi à briser le siège de la ville de Dilling, située dans la province du Kordofan du Sud. Cette localité, encerclée par les paramilitaires depuis près de deux ans, constitue un point de passage névralgique. L’armée affirme avoir « infligé de lourdes pertes à l’ennemi », tant sur le plan humain que matériel, et avoir rouvert la route menant à la ville, rétablissant ainsi une ligne de communication essentielle.
**Un pivot stratégique entre deux capitales régionales**
La libération de Dilling revêt une importance tactique majeure. La ville se situe à mi-chemin entre Kadugli, la capitale assiégée de l’État, et el-Obeid, capitale du Kordofan du Nord, que les FSR tentent également d’isoler. En reprenant le contrôle de cet axe, l’armée ne se contente pas de sécuriser une ville ; elle perturbe la continuité territoriale que les forces paramilitaires cherchaient à établir.
Hiba Morgan, correspondante d’Al Jazeera à Khartoum, qualifie cette reprise de « gain très significatif ». Cette dynamique pourrait permettre à l’armée de reprendre du terrain non seulement aux FSR, mais aussi de contester les positions du SPLM-N, dirigé par Abdel Aziz al-Hilu, qui contrôle également des territoires dans cette zone complexe du Kordofan du Sud.
**L’enjeu humanitaire derrière la victoire militaire**
Au-delà de l’aspect purement militaire, cette percée offre une bouffée d’oxygène aux populations civiles. Le siège imposé par les FSR avait bloqué l’entrée des fournitures médicales, de la nourriture et des biens commerciaux. Si la Classification intégrée de la phase de sécurité alimentaire (IPC) n’avait pas officiellement déclaré la famine à Dilling en novembre faute de données suffisantes, la situation y était décrite comme critique, marquée par une faim sévère.
La réouverture de la route devrait permettre l’acheminement de l’aide, alors que la ville voisine de Kadugli, assiégée depuis plus d’un an et demi, a déjà vu la famine confirmée par des évaluations soutenues par les Nations Unies. Cependant, la situation reste volatile. Les paramilitaires pourraient tenter de contre-attaquer en redéployant des combattants depuis el-Obeid et Kadugli pour reprendre ce territoire perdu.
Ce développement intervient alors que le conflit, qui dure depuis près de trois ans, a déjà causé des dizaines de milliers de morts et provoqué le déplacement d’environ 14 millions de personnes, créant ce que l’ONU décrit comme la plus grande crise de déplacement et de faim au monde.