Guerre à Gaza : La statistique sanitaire effrayante qui s’est aggravée malgré l’entrée en vigueur du cessez-le-feu

Alors que l’attention internationale se focalise sur la réouverture partielle du passage de Rafah et l’évacuation au compte-gouttes de quelques blessés, une crise plus profonde et silencieuse continue de sévir à l’intérieur de l’enclave. Si les images de bombardements se font parfois moins fréquentes, les indicateurs de santé publique révèlent une dégradation continue, remettant en cause l’efficacité réelle des trêves annoncées.

Loin d’être une conséquence collatérale des affrontements, l’effondrement du système de santé à Gaza est décrit par les responsables locaux et les experts internationaux comme le résultat d’une stratégie délibérée. Zaher al-Wahidi, porte-parole du ministère de la Santé de Gaza, a confié à Al Jazeera que l’occupation israélienne avait détruit le système sanitaire de manière « méthodique ». Selon nos informations, cinq défis majeurs paralysent actuellement toute tentative de soins : l’absence quasi-totale d’évacuations médicales d’envergure, le manque criant d’équipements, la pénurie de médicaments, la destruction physique des infrastructures et le ciblage du personnel soignant.

**Une pénurie paradoxale malgré la trêve**

Le constat le plus alarmant concerne l’accès aux traitements pharmaceutiques. Contrairement aux attentes, la mise en place du cessez-le-feu en octobre n’a pas permis de résorber les déficits. Au contraire, la situation s’est aggravée. Zaher al-Wahidi révèle un chiffre qui illustre l’ampleur du désastre : le déficit en médicaments a atteint 52 %, un taux jamais vu même au plus fort des combats. Pour les maladies chroniques, ce manque grimpe à 62 %.

Les conséquences humaines de cette pénurie logistique sont lourdes. Avant octobre 2023, Gaza comptait 1 244 patients souffrant d’insuffisance rénale. Aujourd’hui, ce chiffre a chuté à 622. Si une trentaine de décès sont directement imputables aux attaques israéliennes, des centaines d’autres malades sont morts faute d’accès aux services de dialyse.

**La stratégie de la « dé-sanitarisation »**

Yara Asi, experte en santé publique à l’Université de Floride centrale, souligne que le secteur de la santé est victime de la « courte capacité d’attention » des donateurs internationaux. Pour elle, le cessez-le-feu a simplement « relâché la pression » sur l’urgence médiatique, sans régler les besoins vitaux sur le terrain.

Plus inquiétant encore, cette destruction des infrastructures médicales répondrait à une logique de déplacement forcé. Layth Malhis, chercheur pour le think tank Al-Shabaka, évoque une politique de « dé-sanitarisation » de la Palestine. En ciblant les hôpitaux et le personnel médical, l’objectif serait de rendre la vie impossible et d’empêcher tout retour des populations déplacées. « Les gens savent qu’ils ne peuvent pas vivre sans soins de santé. C’est donc un outil de déplacement », analyse Yara Asi, s’appuyant sur des images de soldats détruisant du matériel hospitalier.

**Reconstruire sur des ruines**

Face à ce tableau sombre, où 22 hôpitaux sont hors service et aucun établissement ne fonctionne dans le nord de Gaza, la question de la reconstruction devient centrale. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), par la voix de son porte-parole Tarik Jasarevic, insiste sur la nécessité de rebâtir le système à l’intérieur même de l’enclave pour ne pas dépendre exclusivement des évacuations.

Malgré les conditions extrêmes, le personnel médical tente de maintenir une offre de soins minimale. Des campagnes de vaccination sont lancées et, fait notable, des chirurgies à cœur ouvert ont repris à l’hôpital al-Quds. Dix-neuf centres médicaux ont également réactivé leurs services de maternité. Une résilience que Yara Asi qualifie d’« incroyable », soulignant que le secteur de la santé reste un microcosme de la résistance palestinienne face à la volonté d’effacement.

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