Fusillade d’Austin : « Ndiaga Diagne ne représente pas les Sénégalais », tranche l’ex-consul général Elhadji Ndao


Réagissant à la tragédie survenue à Austin, Elhadji Ndangane Ndao, ancien consul du Sénégal à New York City, appelle à ne pas assimiler l’acte criminel de Ndiaga Diagne à l’ensemble de la diaspora sénégalaise. Il rappelle que cette communauté, solidement implantée aux États-Unis, s’est toujours distinguée par son attachement à la paix, au respect des lois et à la solidarité.

La fusillade survenue à Austin le week-end dernier est un acte profondément regrettable et condamnable. Nous nous inclinons devant la mémoire des victimes, adressons nos sincères condoléances aux familles endeuillées et formulons des vœux de prompt rétablissement aux blessés.

Cependant, ce drame ne saurait servir de prétexte pour stigmatiser toute une communauté ni remettre en cause l’histoire et la contribution des Sénégalais aux États-Unis. S’attaquer à des personnes innocentes, sans défense et éloignées des centres de décision, est en totale contradiction avec les valeurs qui fondent notre société.

Dans la tradition sénégalaise, qu’elle soit chrétienne ou musulmane, la violence n’a jamais été considérée comme une réponse légitime à une injustice, qu’elle soit réelle ou perçue. L’héritage spirituel de nos guides religieux en témoigne largement. Du vénéré Cheikh Ahmadou Bamba aux figures marquantes comme Serigne Abdoul Aziz Sy Dabakh, Serigne Saliou Mbacké ou encore Hyacinthe Thiandoum, la réponse aux moments de tension a toujours été la retenue, l’appel à la paix intérieure et l’élévation spirituelle.

Lors d’une récente audition de la secrétaire américaine à la Sécurité intérieure, certains propos ont pu laisser entendre une volonté d’associer l’ensemble des Sénégalais à cet acte isolé. Pourtant, partout — aux États-Unis comme au Sénégal — les compatriotes ont condamné cette fusillade avec la plus grande fermeté. Ndiaga Diagne ne parle pas au nom de la communauté sénégalaise : il porte seul la responsabilité de ses actes.

L’immigration sénégalaise vers les États-Unis a véritablement commencé dans les années 1980, avant de s’accélérer dans les années 2000, puis de connaître une nouvelle dynamique entre 2020 et 2024, après la pandémie de Covid-19. De New York City — notamment dans le quartier de Harlem — à Atlanta, en passant par les États du Midwest, la Nouvelle-Angleterre, le Texas ou la Californie, de nombreux Sénégalais se sont installés à la recherche d’un emploi stable et d’un cadre de vie propice à la famille.

La vie communautaire s’organise notamment autour des dahiras et des associations, parmi lesquelles l’Association des Sénégalais d’Amérique (ASA), l’une des plus représentatives. Dans la région de Washington, souvent appelée le DMV (District, Maryland, Virginia), la présence sénégalaise s’est d’abord construite autour d’étudiants. Aujourd’hui, la diaspora est présente presque partout aux États-Unis, jusque dans l’Iowa, les Dakotas, le Colorado ou même l’Alaska.

Cette migration a toujours été accompagnée par les guides religieux sénégalais qui ont constamment prêché la paix, la droiture et le respect des lois du pays d’accueil, tout en préservant les valeurs culturelles et spirituelles du Sénégal. Cet encadrement spirituel a contribué à structurer une communauté respectueuse des règles et attachée à la solidarité.

Parmi les contributions symboliques de cette présence figure la célébration annuelle de la Journée Cheikh Ahmadou Bamba, organisée chaque 28 juillet à New York City. Cet événement, devenu un rendez-vous reconnu, rassemble responsables américains et sénégalais autour du message de paix du fondateur du mouridisme.

La diaspora sénégalaise contribue également activement à la société américaine : certains compatriotes sont professeurs dans de prestigieuses universités, d’autres occupent des fonctions importantes dans le secteur financier ou participent au dynamisme économique local.

Un exemple marquant reste celui d’Aliou Niass qui, le 1er mai 2010, a signalé un véhicule suspect à Times Square, contribuant ainsi à déjouer une tentative d’attentat. Son geste lui avait valu les honneurs des autorités locales et une grande fierté pour toute la communauté.

D’autres Sénégalais se distinguent également par leur engagement dans leurs localités : médecins travaillant dans des zones rurales, restaurateurs reconnus pour leur générosité ou bénévoles mobilisés après les attentats du Attentats du 11 septembre 2001.

Même dans les moments tragiques, la communauté sénégalaise a toujours fait preuve de retenue et de confiance envers la justice américaine. Ce fut notamment le cas en 2020 à Denver, lorsqu’une famille sénégalaise fut décimée dans un incendie criminel. Les responsables ont finalement été arrêtés et condamnés par la justice américaine.

Les Sénégalais vivant aux États-Unis demeurent profondément attachés aux valeurs de paix, de justice et de respect des lois. Leur contribution à la société américaine est réelle et reconnue. Le geste criminel d’un individu, aussi odieux soit-il, ne saurait résumer ni définir toute une communauté.

Ndiaga Diagne est un cas isolé. Son acte n’est en rien le reflet des valeurs qui guident la présence sénégalaise sur le sol américain.


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Un commentaire

  1. Il est temps de regarder la réalité en face: le Sénégal compte, lui aussi, ses propres « fous de Dieu ». Prétendre qu’ils sont étrangers à notre terre est un déni que nous ne pouvons plus nous permettre.
    Pour préserver notre cohésion, nous devons impérativement éduquer les citoyens à une réalité exigeante : le vivre-ensemble n’est pas un acquis naturel, mais un effort de chaque instant. Il demande parfois des sacrifices personnels pour apprendre la véritable tolérance envers ceux qui ne partagent pas la foi musulmane.
    Les piliers de cette transformation:
    Sortir du slogan: La tolérance ne doit plus être une formule creuse ou un argument de communication, mais une pratique concrète et quotidienne.
    L’exigence du respect : Accepter l’autre dans sa différence radicale nécessite une discipline intellectuelle et morale.
    Une responsabilité collective: C’est par l’éducation et le dialogue sincère que nous transformerons notre modèle social en un rempart solide contre l’extrémisme.

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