Frappes pakistanaises en Afghanistan : Kaboul et Islamabad s’opposent sur la véritable nature des cibles détruites

Les tensions frontalières s’intensifient entre Islamabad et Kaboul. Le Pakistan a mené de nouvelles frappes dans le sud de l’Afghanistan, s’inscrivant dans une série d’accrochages meurtriers qui secouent la région depuis la fin du mois de février. Si les deux pays s’accusent mutuellement de cibler des zones civiles, les versions divergent radicalement sur l’objectif réel de cette dernière opération militaire.

Selon les informations rapportées par l’agence Anadolu, l’armée pakistanaise affirme avoir visé des infrastructures militaires situées dans la ville de Kandahar. Des responsables pakistanais, s’exprimant sous couvert d’anonymat, indiquent que ces frappes ont détruit des sites de stockage et de soutien logistique. Islamabad soutient que ces installations étaient utilisées par le Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), un groupe armé responsable de nombreuses attaques sur le sol pakistanais.

Cette version des faits est catégoriquement rejetée par les autorités afghanes. Le porte-parole du gouvernement taliban, Zabihullah Mujahid, a déclaré à la presse française que les bombardements n’ont pas touché de repaires terroristes. Selon lui, les frappes pakistanaises ont atteint un centre de réhabilitation pour toxicomanes ainsi qu’un conteneur vide dans une zone montagneuse, précisant que les lieux mentionnés par Islamabad se trouvent loin des points d’impact réels. Un employé de l’établissement visé a confirmé des dégâts matériels sur plusieurs bâtiments, tout en soulignant l’absence de perte humaine sur ce site précis.

Au-delà de cet incident, les violences se propagent le long de la frontière avec un lourd bilan humain. L’armée pakistanaise accuse les forces afghanes d’avoir tiré à l’artillerie sur une habitation dans la région de Bajaur, au nord-ouest du Pakistan, tuant quatre civils d’une même fratrie et blessant gravement une autre personne.

Côté afghan, le porte-parole adjoint du gouvernement taliban, Hamdullah Fitrat, a indiqué sur le réseau social X qu’un tir d’obus pakistanais a frappé une maison à Kamdesh, dans la province du Nouristan, causant la mort d’une personne. Les autorités de la province de Khost rapportent également le décès de deux enfants suite à des tirs de mortier sur des habitations dans le district de Spira. Les zones frontalières étant difficilement accessibles, les bilans précis restent complexes à vérifier de manière indépendante.

Cette dégradation sécuritaire s’inscrit dans un contexte d’escalade amorcé le 26 février. La Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (UNAMA) a recensé vendredi la mort de 75 civils afghans depuis cette date. Le président pakistanais Asif Ali Zardari a récemment déclaré que Kaboul avait franchi une ligne rouge en ciblant des civils, après des bombardements pakistanais ayant touché plusieurs zones afghanes, dont la capitale.

Les conséquences humanitaires de ces affrontements s’aggravent. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a annoncé dimanche le déploiement d’une aide d’urgence destinée à environ 20 000 familles afghanes déplacées par les combats. L’agence onusienne alerte sur le risque de voir cette instabilité exacerber la crise alimentaire dans un pays où des millions de personnes dépendent de l’assistance internationale.

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