Le débat politique français autour du conflit israélo-palestinien franchit un nouveau palier dans la confrontation verbale. Alors que la ministre chargée de la Lutte contre les discriminations a tenté de tracer une ligne d’égalité stricte entre l’opposition de gauche et la montée de la haine religieuse, la riposte des Insoumis a déplacé la controverse sur le terrain de l’ingérence étrangère et de la souveraineté de la parole publique.
Sur le plateau de CNews, Aurore Bergé a établi un continuum direct entre plusieurs concepts politiques et religieux. Pour la ministre, la lutte contre l’antisémitisme implique mécaniquement de combattre « l’antisionisme », « l’islamisme » et, par extension, « La France insoumise ». Cette déclaration, qui place le mouvement de Jean-Luc Mélenchon dans le même périmètre que l’islamisme radical, visait à clarifier la position de l’exécutif face à la recrudescence des actes antisémites.
La réaction ne s’est pas fait attendre du côté de l’Assemblée nationale. Le député de Paris, Aymeric Caron, a choisi de contester cette logique en inversant la responsabilité de la montée des tensions. Selon l’agence Anadolu, l’élu a utilisé la plateforme sociale X pour affirmer que c’est précisément ce type d’amalgame qui « fait monter l’antisémitisme en France ». Sur le fond, il a tenu à rappeler que les premiers militants de l’antisionisme étaient eux-mêmes juifs, rejetant ainsi l’équivalence posée par la ministre.
Au-delà de la bataille sémantique, Aymeric Caron a porté une accusation précise concernant l’origine du discours gouvernemental. Il a explicitement reproché à Aurore Bergé de tenir des positions « ineptes » qui seraient, selon ses termes, « dictées par Elnet et le gouvernement israélien ». Cette mise en cause directe d’une influence extérieure sur un membre du gouvernement français intervient dans un climat législatif particulier.
La Commission des lois de l’Assemblée nationale a en effet validé en janvier dernier la proposition de loi dite « loi Yadan ». Ce texte vise à réprimer les « formes renouvelées de l’antisémitisme », élargissant ainsi le cadre pénal autour des discours critiques envers l’État d’Israël et réduisant la marge de tolérance pour les propos politiques jugés clivants sur ces questions internationales.