C’est dans une atmosphère de haute sécurité et sous le regard attentif de dizaines de policiers que s’est ouvert, ce jeudi, un procès emblématique devant la Haute Cour de ce territoire chinois. Au cœur des débats : le sort de trois militants chevronnés, accusés d’avoir franchi la ligne rouge tracée par la loi sur la sécurité nationale en organisant les commémorations du massacre de Tiananmen.
Alors que les files d’attente s’étiraient dans le froid matinal pour accéder à la galerie publique, l’audience a rapidement pris une tournure déterminante dès la lecture des chefs d’accusation.
**Une fracture dans la stratégie de défense**
Chow Hang-tung, Albert Ho et Lee Cheuk-yan, anciens dirigeants de l’Alliance de Hong Kong pour le soutien aux mouvements démocratiques patriotiques de Chine, comparaissent pour « incitation à la subversion du pouvoir de l’État ». Si leur engagement passé les unit, leur réponse face à la cour a différé dès les premières minutes.
Alors que Lee Cheuk-yan et Chow Hang-tung ont plaidé non coupable, Albert Ho a, pour sa part, plaidé coupable. Cette divergence marque le début d’un procès prévu pour durer 75 jours, présidé par trois juges désignés par le gouvernement, sans jury.
L’ambiance dans la salle d’audience a témoigné de la tension ambiante mais aussi du soutien persistant dont bénéficient les accusés. À son entrée, Lee a salué ses partisans, qui lui ont répondu en agitant la main. Chow, quant à elle, a remercié le public d’avoir bravé le vent et le froid pour assister à l’audience, s’inclinant respectueusement devant eux.
**Le poids de la mémoire historique**
Ce procès dépasse le simple cadre juridique pour toucher à la mémoire collective de la région. L’Alliance, fondée en mai 1989, a passé trois décennies à demander à Pékin d’assumer la responsabilité de la répression sanglante du 4 juin 1989 autour de la place Tiananmen. Jusqu’en 2020, les veillées aux chandelles organisées au parc Victoria attiraient des milliers de personnes, avant d’être interdites par les autorités.
Selon nos sources, relayant des informations d’Al Jazeera, l’accusation compte s’appuyer sur des vidéos retraçant les années de travail de l’Alliance comme éléments de preuve. Une demande de non-lieu déposée précédemment par Chow a été rejetée par le panel de juges, qui a refusé de considérer le procès comme un « outil de suppression politique ».
**Vives réactions des organisations de défense des droits**
La tenue de ce procès suscite de vives critiques à l’international. Pour Sarah Brooks, directrice régionale adjointe d’Amnesty International pour l’Asie, l’enjeu n’est pas la sécurité nationale, mais bien une tentative de « réécrire l’histoire et de punir ceux qui refusent d’oublier les victimes de la répression de Tiananmen ».
De son côté, Angeli Datt, du Network of Chinese Human Rights Defenders, a qualifié la procédure de simulacre, estimant que le seul recours légal valide serait l’abandon des charges et la libération immédiate des trois organisateurs.
Pékin maintient que la loi sur la sécurité nationale, imposée après les manifestations pro-démocratie massives et parfois violentes de 2019, a permis de restaurer la stabilité dans la ville.