Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, s’est présenté jeudi devant le Conseil de surveillance de la stabilité financière du Sénat dans un climat de tension palpable. Alors que l’administration de Donald Trump intensifie sa pression pour obtenir une baisse drastique des taux d’intérêt, les sénateurs démocrates ont cherché à clarifier les limites de l’influence présidentielle sur la politique monétaire. L’audition, censée porter sur la stabilité financière, s’est rapidement transformée en un interrogatoire serré sur l’indépendance de la Réserve fédérale (Fed).
L’échange le plus marquant de la séance a opposé le secrétaire au Trésor à la sénatrice Elizabeth Warren. Cette dernière a directement interpellé Scott Bessent sur des informations du *Wall Street Journal*, selon lesquelles Donald Trump aurait plaisanté sur l’idée de poursuivre en justice son propre candidat à la présidence de la Fed, Kevin Warsh, si ce dernier refusait de se plier à ses exigences monétaires.
Elizabeth Warren a exigé une position claire : « Monsieur le Secrétaire, pouvez-vous vous engager ici et maintenant à ce que le candidat de Trump à la Fed, Kevin Warsh, ne soit pas poursuivi ni ne fasse l’objet d’une enquête du ministère de la Justice s’il ne réduit pas les taux d’intérêt exactement comme Donald Trump le souhaite ? »
Face à cette demande de garantie d’indépendance, Scott Bessent a évité de prendre un engagement formel. « C’est au président de décider », a-t-il simplement répondu, laissant ainsi planer le doute sur la possibilité de futures actions judiciaires contre la direction de la banque centrale.
**Un contexte de pression accrue sur la Fed**
Cette réticence intervient alors que Donald Trump a déjà désigné Kevin Warsh pour remplacer l’actuel président de la Réserve fédérale, Jerome Powell. Le président américain critique ouvertement la gestion de Powell, qu’il juge trop lente dans la baisse des taux. Donald Trump a par ailleurs exprimé, en décembre, son souhait de voir les taux descendre à « un pour cent, voire moins », contre environ 3,6 % actuellement.
Selon Al Jazeera, cette volonté de contrôle s’accompagne d’actions concrètes. Le ministère de la Justice a ouvert début janvier une enquête criminelle contre Jerome Powell concernant la gestion des rénovations du bâtiment de la Fed, une procédure que l’intéressé qualifie de tentative d’intimidation pour forcer un alignement sur la politique de la Maison Blanche.
Bien que Donald Trump ait qualifié ses propos sur les poursuites contre Kevin Warsh de « comédie » et de « roast », la sénatrice Warren a souligné que « le peuple américain ne rit pas », rappelant les difficultés liées au coût de la vie.
**Conflit d’intérêts autour du procès contre l’IRS**
Au-delà de la politique monétaire, l’audition a mis en lumière un autre dossier sensible : la plainte déposée par Donald Trump contre l’Internal Revenue Service (IRS), l’agence fiscale américaine. Le président réclame 10 milliards de dollars de dommages et intérêts suite à la fuite de ses déclarations fiscales lors de son premier mandat.
Le sénateur démocrate Ruben Gallego a soulevé un potentiel conflit d’intérêts majeur. Scott Bessent occupe simultanément les fonctions de secrétaire au Trésor et de commissaire par intérim de l’IRS. Or, comme l’a reconnu Bessent lors de l’audience, tout dédommagement versé à Donald Trump proviendrait directement des fonds du Trésor, dont il a la charge.
Interrogé par Gallego pour savoir s’il comptait se récuser de toute décision concernant le paiement de ces réclamations au président, Scott Bessent a de nouveau esquivé la question par une formule générique : « Je suivrai la loi ».