La bataille judiciaire opposant le président américain Donald Trump à la British Broadcasting Corporation (BBC) prend une nouvelle tournure. Poursuivi en diffamation devant un tribunal de Floride pour un montant colossal, le média britannique a officiellement demandé l’abandon des poursuites, en s’appuyant sur une ligne de défense articulée autour de plusieurs éléments factuels et juridiques.
Selon les informations rapportées par Al Jazeera, la BBC a déposé lundi un document de 34 pages contestant la légitimité de la plainte à 10 milliards de dollars initiée par Donald Trump. Cette action en justice fait suite à la diffusion d’un documentaire intitulé Trump: A Second Chance?, dans lequel un discours du président datant du 6 janvier 2021 a fait l’objet d’un montage contesté.
Pour exiger l’annulation de ce procès, les avocats du radiodiffuseur britannique déploient trois arguments majeurs. Premièrement, ils remettent en cause la compétence du tribunal fédéral du district sud de la Floride, soulignant que le documentaire incriminé n’a jamais été diffusé dans cet État ni même sur le territoire des États-Unis. Deuxièmement, la défense pointe une contradiction quant au préjudice allégué : l’émission ayant été diffusée peu avant l’élection présidentielle de 2024 que Donald Trump a remportée, la BBC estime qu’il ne peut raisonnablement prouver que sa réputation a été entachée. Le critère juridique de l’« intention malveillante » ne serait donc pas atteint. Enfin, le média alerte sur l’« effet dissuasif » qu’une telle procédure, qualifiée de coûteuse et infondée, pourrait avoir sur la liberté d’expression et la couverture médiatique des personnalités de premier plan.
Le différend trouve son origine dans une erreur de montage reconnue par la chaîne. Deux sections distinctes du discours de Donald Trump avaient été assemblées, donnant l’impression qu’il incitait explicitement ses partisans à attaquer le Capitole des États-Unis. Bien que la BBC ait présenté ses excuses pour cette séquence, le président américain a engagé des poursuites en décembre dernier. Il réclame 5 milliards de dollars pour diffamation et 5 autres milliards pour violation de la loi floridienne sur les pratiques commerciales trompeuses et déloyales.
Cette affaire a déjà eu des répercussions internes majeures au sein du média de service public. L’année dernière, le tollé suscité par ce montage a conduit aux démissions du directeur général de la BBC, Tim Davie, et de la directrice de l’information, Deborah Turness. En attendant la décision du juge sur cette requête d’annulation, le tribunal de Floride a provisoirement fixé la date d’un éventuel procès à février 2027.