Le bras de fer opposant l’administration Trump au sénateur démocrate Mark Kelly vient de connaître un tournant judiciaire majeur. Alors que le Département de la Défense avait engagé une procédure disciplinaire visant à priver l’ancien astronaute de sa retraite et de son grade militaire en raison de ses prises de position politiques, un magistrat fédéral est intervenu ce jeudi pour suspendre le processus. Cette décision, marquée par un ton particulièrement ferme, place la liberté d’expression des vétérans au cœur du débat constitutionnel américain.
Le juge Richard J. Leon, nommé sous la présidence de George W. Bush, a émis une injonction préliminaire interdisant au Pentagone de mettre à exécution ses menaces contre le sénateur de l’Arizona. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, le magistrat a vivement critiqué l’approche de l’administration, estimant que celle-ci tentait d’étouffer la parole des anciens militaires.
L’origine du conflit remonte à plusieurs déclarations publiques de Mark Kelly, critique envers la gestion militaire du président Donald Trump, notamment lors des manifestations de juin 2025 à Los Angeles. La tension s’est accrue en novembre lorsque le sénateur est apparu dans une vidéo rappelant aux soldats leur devoir de « refuser les ordres illégaux ». Une prise de position qualifiée de « séditieuse » par Donald Trump et son secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, qui avaient alors initié une enquête et une procédure de censure.
Dans son ordonnance, le juge Leon n’a pas mâché ses mots face aux arguments du gouvernement, qui soutenait que les restrictions de parole s’appliquant aux soldats actifs devaient s’étendre aux retraités. Qualifiant cette prétention de « fadaises » (« Horsefeathers »), il a souligné que l’opinion d’un militaire à la retraite ne menaçait en rien la discipline des troupes actives. Pour illustrer son propos sur l’évidence de la violation des droits, il a même cité Bob Dylan : « Vous n’avez pas besoin de monsieur météo pour savoir d’où souffle le vent ».
La décision judiciaire protège temporairement Mark Kelly contre la perte de ses avantages liés à son service dans la Navy. Le juge a estimé que laisser l’administration agir créerait un précédent dangereux, empêchant les législateurs ayant un passé militaire de s’exprimer librement au nom de leurs électeurs par peur de représailles de l’Exécutif.
Pete Hegseth a immédiatement réagi sur les réseaux sociaux, confirmant que l’administration ferait appel de cette injonction. « La sédition reste de la sédition », a martelé le secrétaire à la Défense, signalant que la bataille juridique autour du statut des vétérans et de leur liberté de parole est loin d’être terminée.