La date butoir du 13 février approche pour le Département de la Sécurité intérieure (DHS), menacé d’une rupture de financement. Alors que les services fédéraux risquent la paralysie, l’opposition démocrate au Congrès a choisi de lier son vote budgétaire à une refonte immédiate des pratiques policières. Ce bras de fer législatif, loin d’être une simple querelle comptable, trouve sa source dans une série d’incidents récents qui ont radicalement durci la position des élus face aux agences d’immigration.
**Une exigence de transparence née à Minneapolis**
Le blocage actuel dépasse les clivages partisans habituels. Selon les éléments rapportés par Al Jazeera, la fermeté démocrate découle directement de la mort, le mois dernier, de deux citoyens américains, Alex Pretti et Renee Nicole Good. Ces décès, survenus lors d’interventions d’agents de l’immigration à Minneapolis, ont été documentés par des vidéos amateurs devenues virales. Les images, montrant également l’usage d’agents chimiques contre des civils filmant les scènes, ont provoqué une onde de choc qui se répercute désormais au Capitole.
Pour prévenir de nouveaux drames, les leaders démocrates, Chuck Schumer et Hakeem Jeffries, ont mis sur la table une liste de dix exigences précises. Ces mesures visent à encadrer strictement les opérations de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) et du Customs and Border Protection (CBP).
**La fin de l’anonymat des agents**
Au cœur de ces revendications figure l’interdiction formelle pour les agents de l’immigration de porter des masques dissimulant leur visage. Le texte exige également que chaque agent affiche de manière visible son numéro d’identification et son agence de rattachement. L’objectif est de mettre fin à une opacité opérationnelle souvent critiquée lors des interventions sur le terrain.
Outre l’identification, le port de caméras-piétons deviendrait obligatoire. Les démocrates précisent toutefois que les images capturées doivent servir exclusivement à des fins de responsabilité administrative et judiciaire, et non au fichage des manifestants.
**Mandats judiciaires et profilage racial**
Les réformes proposées touchent également au cadre légal des interventions. L’opposition demande l’interdiction des entrées dans les domiciles privés sans mandat judiciaire préalable, une pratique devenue courante sous l’actuelle administration. De plus, le profilage racial comme critère de contrôle ou d’arrestation serait explicitement proscrit par la loi.
Face à ces demandes, la majorité républicaine affiche son scepticisme. John Thune, chef de la majorité au Sénat, a qualifié ces propositions d’« irréalistes », estimant qu’il ne s’agit pas d’une situation de « chèque en blanc » où son parti accepterait une liste de doléances. Il accuse les démocrates de chercher à « définancer les forces de l’ordre » en tentant de séparer les votes pour les agences d’immigration de ceux destinés à la FEMA ou à la sécurité des transports (TSA).
L’impasse demeure totale à quelques jours de l’échéance. Si aucun compromis n’est trouvé, des services essentiels, incluant la sécurité aéroportuaire, pourraient voir leurs programmes temporairement suspendus.