Le retour à domicile aura pris dix jours, marqués par une détention qui a suscité une vive indignation bien au-delà des frontières du Minnesota. Liam Conejo Ramos, un garçon de cinq ans, et son père Adrian, demandeurs d’asile originaires d’Équateur, ont regagné leur foyer ce dimanche après avoir été retenus dans un centre de détention au Texas. Cette libération, loin d’être une simple procédure administrative, découle d’une intervention judiciaire directe qui remet en cause les méthodes employées lors des récentes opérations migratoires pilotées par l’administration de Donald Trump.
**Une libération sous haute surveillance politique**
Le retour de l’enfant et de son père a été encadré par des figures politiques démocrates. C’est le représentant du Texas, Joaquin Castro, qui est allé les récupérer samedi soir au centre de détention de Dilley pour les raccompagner chez eux. « Liam est maintenant à la maison. Avec son chapeau et son sac à dos », a confirmé l’élu, faisant référence aux accessoires que portait l’enfant lors de son arrestation et dont les images avaient fait le tour des réseaux sociaux.
Cette issue fait suite à une ordonnance signée samedi par le juge de district américain Fred Biery, mettant fin à leur captivité. Liam faisait partie des quatre élèves arrêtés par les agents de l’immigration dans une banlieue de Minneapolis, selon les données du district scolaire de Columbia Heights.
**La version des faits contestée par le tribunal**
Au cœur de cette affaire réside une divergence fondamentale sur les circonstances de l’arrestation, survenue le 20 janvier. Selon des témoignages de voisins et de responsables scolaires, les agents fédéraux de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) auraient utilisé l’enfant comme « appât » en lui demandant de frapper à la porte de sa maison pour que sa mère ouvre. Une version qualifiée de « mensonge abject » par le Département de la Sécurité intérieure (DHS), qui soutient que le père s’était enfui à pied en laissant son fils dans un véhicule en marche.
Cependant, l’opinion rendue par le juge Biery pour justifier sa décision est sans équivoque et particulièrement sévère envers les autorités fédérales. Le magistrat a estimé que cette affaire trouvait sa genèse dans une poursuite gouvernementale « mal conçue et incompétemment mise en œuvre » de quotas d’expulsion quotidiens, « apparemment même si cela nécessite de traumatiser des enfants ».
**Un rappel aux principes constitutionnels**
Dans son argumentaire, le juge n’a pas hésité à critiquer ce qu’il qualifie d’« ignorance » apparente du gouvernement vis-à-vis de la Déclaration d’indépendance américaine. Il a explicitement cité le quatrième amendement de la Constitution, qui protège les individus contre les « perquisitions et saisies abusives », pour casser la procédure de maintien en détention.
Face à cette décision de justice, l’administration reste ferme sur sa ligne politique. Tricia McLaughlin, secrétaire adjointe au DHS, a déclaré, relayée par Al Jazeera, que l’ICE n’avait pas ciblé l’enfant et que sa mère avait refusé de le prendre en charge après l’arrestation du père. Elle a réaffirmé l’engagement de l’administration Trump à « restaurer l’état de droit » et à poursuivre les arrestations de personnes en situation irrégulière.
De retour dans le Minnesota, la famille a été accueillie par la représentante Ilhan Omar, qui a partagé une photo aux côtés de Liam et de son père, marquant la fin provisoire de cet épisode judiciaire.