Une page se tourne brutalement au sommet de l’un des quotidiens les plus influents des États-Unis. Alors que la rédaction du Washington Post traverse une zone de turbulences marquée par des coupes budgétaires drastiques et des controverses éditoriales, la direction du journal vient de connaître un bouleversement majeur ce samedi. L’annonce, faite en interne, confirme une rupture attendue par une partie des employés mais surprenante par sa rapidité.
Will Lewis, éditeur et PDG du Washington Post, a annoncé sa démission immédiate. Cette décision intervient seulement quelques jours après que le journal a supprimé un tiers de ses effectifs. Dans un message adressé aux employés et relayé par nos confrères d’Al Jazeera, le dirigeant britannique a déclaré qu’après « deux années de transformation », le moment était venu pour lui de se retirer. Le propriétaire du journal, le milliardaire Jeff Bezos, a immédiatement désigné le directeur financier Jeff D’Onofrio pour assurer la relève.
**Une gestion contestée et des pertes financières lourdes**
Le mandat de deux ans de Will Lewis a été rythmé par une instabilité chronique. La situation s’est particulièrement dégradée après l’annonce, en 2024, que le journal ne soutiendrait aucun candidat à l’élection présidentielle américaine. Cette rupture avec une tradition de longue date a été perçue par de nombreux critiques comme une tentative d’apaisement envers Donald Trump. Les conséquences économiques ont été immédiates : le titre a perdu des centaines de milliers d’abonnés et environ 100 millions de dollars de revenus au cours de l’année 2024.
Outre les difficultés financières, la gouvernance de Lewis a fait l’objet d’un examen minutieux sur le plan éthique. Une tentative de nommer son ancien collègue, le journaliste britannique Robert Winnett, au poste de rédacteur en chef a échoué après des révélations suggérant que certains de ses reportages passés reposaient sur des documents obtenus frauduleusement.
**Tensions sociales et réaction syndicale**
Le climat social au sein du média s’est considérablement tendu la semaine dernière. Will Lewis était absent d’une réunion du personnel au cours de laquelle les employés ont appris qu’ils seraient notifiés par courriel de leur éventuel licenciement. Ces suppressions de postes ont touché des centaines de journalistes, incluant l’intégralité de l’équipe couvrant le Moyen-Orient ainsi que le correspondant basé à Kiev, en Ukraine.
Le Washington Post Guild, syndicat représentant le personnel, a qualifié ce départ de « tardif ». Dans un communiqué incisif, l’organisation estime que l’héritage de Lewis restera « la tentative de destruction d’une grande institution journalistique américaine ». Le syndicat appelle désormais Jeff Bezos à annuler les licenciements ou à céder le journal à un investisseur prêt à garantir son avenir.
De son côté, Jeff Bezos n’a pas mentionné le nom de Will Lewis dans sa déclaration officialisant la nomination de Jeff D’Onofrio. Il a souligné que la nouvelle direction est positionnée pour ouvrir un « chapitre passionnant et prospère », affirmant que les lecteurs fournissent chaque jour, par leurs choix, la feuille de route à suivre.