Depuis plusieurs semaines, le secteur de l’éducation est secoué par un mouvement de grève persistant dans l’élémentaire et le moyen-secondaire. Face à cette crise qui perdure, le gouvernement a réagi lors du Conseil des ministres du 28 janvier 2025, par la voix du président de la République, en instruisant le ministre de la Fonction publique de proposer une réglementation du droit de grève. Une approche qualifiée de « faute politique majeure » par Amadou Mbengue, Secrétaire général de la coordination départementale de Rufisque du PIT, dans une tribune publiée par Le Quotidien.
Selon notre source, cette volonté de déplacer le problème sur le terrain répressif et juridique constitue une « fausse solution à un vrai problème ». La Constitution du Sénégal, en son article 25, reconnaît explicitement le droit de grève comme une liberté fondamentale. Si la loi peut en encadrer les modalités, elle ne saurait en vider la substance sans violer l’esprit de la Loi fondamentale. Amadou Mbengue rappelle que toute tentative de restriction substantielle contredirait également les engagements internationaux du Sénégal, notamment les conventions n°87 et n°98 de l’Organisation internationale du travail (OIT), qui ont une valeur supra-législative.
Au-delà de l’aspect juridique, le cadre du PIT pointe du doigt la gestion du dialogue social. Les propos tenus par Mamadou Lamine Dianté, président du Haut-conseil du dialogue social, qualifiant la grève d’illégale, sont perçus comme une rupture de l’obligation de neutralité inhérente à sa fonction. Pour M. Mbengue, l’histoire politique récente démontre que l’intimidation ne règle jamais les crises éducatives, comme l’a expérimenté le régime précédent malgré des revalorisations salariales.
L’analyse met également en lumière un risque de rupture stratégique entre le parti au pouvoir et le corps enseignant. Il est rappelé que l’implantation et la structuration de Pastef doivent beaucoup à l’engagement des enseignants à travers le pays. Oublier ce rôle historique en adoptant une posture de confrontation pourrait s’avérer être une erreur stratégique lourde de conséquences pour la base électorale du régime.
Sur le plan financier, la tribune soulève une incohérence précise qui alimente la colère des syndicats. Dans certaines académies, les indemnités liées au baccalauréat de la session juillet 2025 n’ont toujours pas été versées aux présidents de jury et correcteurs, alors que la date limite réglementaire était fixée au 30 novembre. Ce manquement de l’État contraste, selon Amadou Mbengue, avec des dépenses jugées ostentatoires, telles que la location de jets privés ou la distribution de billets de pèlerinage à une clientèle politique. « Il n’y a pas de paix durable sans justice », conclut le responsable politique, appelant les autorités à respecter les engagements existants plutôt que de chercher à légiférer pour contraindre.