L’accord de cessation des hostilités signé à Pretoria en 2022 traverse une zone de turbulences critique. Alors que la compagnie aérienne nationale a suspendu ses liaisons vers le nord du pays plus tôt cette semaine, créant un mouvement de panique bancaire, un nouvel incident sécuritaire vient matérialiser les craintes d’une reprise des combats. Des frappes aériennes ont ciblé des véhicules terrestres ce samedi, entraînant des pertes humaines et cristallisant les antagonismes entre le pouvoir fédéral et les autorités régionales.
Le bilan fait état d’un mort et d’un blessé suite à des attaques de drones survenues dans la région du Tigré. Selon un responsable tigréen cité par Al Jazeera, les frappes ont visé deux camions de marque Isuzu près des localités d’Enticho et de Gendebta, distantes d’une vingtaine de kilomètres. Un travailleur humanitaire local a confirmé la réalité de ces frappes, bien que l’origine précise des tirs fasse l’objet d’accusations sans preuves formelles de la part des autorités locales envers la Force de défense nationale éthiopienne.
La nature exacte du chargement transporté par ces camions constitue le point névralgique des tensions actuelles. Le média Dimtsi Weyane, affilié au Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), a diffusé des images montrant les véhicules endommagés, affirmant qu’ils transportaient des denrées alimentaires et du matériel de cuisine. Une version diamétralement opposée circule parmi les activistes pro-gouvernementaux sur les réseaux sociaux, qui soutiennent que le convoi acheminait des armes.
Cet incident s’inscrit dans un contexte de dégradation rapide de la situation sécuritaire. Des affrontements ont éclaté plus tôt cette semaine à Tsemlet, dans l’ouest du Tigré, une zone territoriale disputée revendiquée par les forces de la région voisine d’Amhara. La présence persistante de troupes amharas et érythréennes au Tigré continue de violer les termes de l’accord de paix de novembre 2022.
La situation humanitaire demeure alarmante. Les organisations sur le terrain estiment que près de 80 % de la population nécessite une aide d’urgence. Le système de santé subit une pression accrue, aggravée par les coupes budgétaires décidées l’année dernière par le président américain Donald Trump concernant l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), autrefois premier bailleur de l’Éthiopie.
Face à cette escalade, Mahmoud Ali Youssouf, président de l’Union africaine, a exhorté vendredi l’ensemble des parties à faire preuve d’une « retenue maximale » et à privilégier le dialogue pour préserver les acquis fragiles de l’accord de Pretoria.