Invité ce lundi sur les plateaux de BFMTV et RMC, le ministre français de l’Intérieur a abordé les contours de la coopération bilatérale entre Paris et Alger. Au-delà des questions purement sécuritaires qui motiveront son prochain déplacement en Afrique du Nord, Laurent Nuñez a esquissé les lignes directrices d’une potentielle révision du cadre juridique régissant la circulation des personnes, posant les bases d’une nouvelle approche diplomatique.
Le point névralgique de cette intervention concerne l’accord franco-algérien de 1968, texte fondateur qui régit le droit au séjour des ressortissants algériens en France. Si l’idée d’une renégociation avait déjà été évoquée par les chefs d’État Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune, le ministre de l’Intérieur a précisé l’orientation que la France souhaite donner à ces discussions. L’objectif affiché n’est pas une suppression, mais un rééquilibrage structurel : limiter les facilités actuelles en matière d’immigration familiale pour privilégier davantage l’immigration économique. « Il y aura une discussion sur ce sujet », a confirmé le locataire de la place Beauvau, marquant une volonté de transformer la nature des flux migratoires.
Cette déclaration intervient alors que Laurent Nuñez prépare activement un voyage officiel en Algérie. Invité par son homologue algérien, il compte placer cette visite sous le signe de la reprise des échanges sécuritaires. L’agenda des discussions s’annonce dense, avec des priorités ciblées sur la lutte contre le terrorisme, le combat contre le narcotrafic et la gestion des réadmissions consulaires. Selon nos sources, citant Anadolu, le ministre a tenu à souligner que le dialogue opérationnel entre les services de sécurité des deux rives de la Méditerranée est d’ores et déjà rétabli.
Sur le terrain sensible des expulsions, la situation demeure toutefois complexe. Interrogé sur la reprise des éloignements forcés de ressortissants algériens sous obligation de quitter le territoire français (OQTF), le ministre a admis que ce processus n’était « pas pour l’instant » effectif, les départs actuels restant volontaires. Cette question revêt une importance statistique particulière pour les autorités françaises : Laurent Nuñez a révélé qu’environ 40 % des personnes actuellement retenues dans les centres de rétention administrative (CRA) en France sont de nationalité algérienne.
En parallèle de ces négociations diplomatiques, le ministère de l’Intérieur s’appuie sur le durcissement du cadre législatif national. La loi de 2024 offre désormais la possibilité de retirer ou de refuser le renouvellement des titres de séjour en cas de troubles à l’ordre public. Une disposition qui a déjà conduit au retrait ou au non-renouvellement de plusieurs milliers de titres l’année dernière, ainsi qu’à l’expulsion de plus d’un millier d’individus pour ce motif spécifique, malgré les difficultés persistantes liées à l’obtention des laissez-passer consulaires.