C’est une première dans l’histoire post-communiste de ce membre de l’Union européenne. Alors que le pays traverse une crise institutionnelle profonde, marquée par l’incapacité répétée à former un gouvernement stable, le sommet de l’État devient le théâtre d’un mouvement stratégique inattendu. Lundi, une annonce officielle est venue rebattre les cartes en vue des prochaines échéances électorales.
La Bulgarie s’apprête à vivre un tournant politique majeur. Confronté à une impasse parlementaire qui dure depuis plusieurs années, le président Rumen Radev a choisi de ne pas rester au-dessus de la mêlée. D’après les informations rapportées par notre source Al Jazeera, le chef de l’État a annoncé son intention de démissionner de ses fonctions pour s’impliquer directement dans la bataille législative à venir.
Un retour dans l’arène politique
Lors d’une allocution télévisée diffusée lundi, Rumen Radev a confirmé qu’il soumettrait sa démission à la Cour constitutionnelle dès le lendemain. « Aujourd’hui, je m’adresse à vous pour la dernière fois en tant que président de la Bulgarie », a déclaré l’ancien général de l’armée de l’air, âgé de 62 ans. Cette décision vise à lui permettre de participer activement aux prochaines élections législatives anticipées, un scrutin crucial attendu dans les mois à venir.
Si la Cour constitutionnelle valide cette procédure, c’est la vice-présidente Iliana Iotova qui assurera l’intérim à la tête de l’État. Pour Rumen Radev, dont le second mandat devait courir jusqu’en 2026, ce geste radical est motivé par la volonté de prendre part à ce qu’il qualifie de « bataille pour l’avenir » du pays.
Une crise de gouvernance chronique
Ce mouvement intervient dans un contexte d’instabilité politique chronique. Le pays se dirige vers ses huitièmes élections législatives en seulement cinq ans. Les tentatives successives de former un gouvernement stable au sein du parlement actuel ont échoué, et la dernière coalition au pouvoir, menée par le parti de centre-droit GERB, a été contrainte à la démission en décembre sous la pression de vastes manifestations anticorruption.
Rumen Radev, qui bénéficie d’une cote de popularité de 44 % selon un récent sondage Market Links, s’est souvent positionné en critique virulent du leader du GERB, Boyko Borissov, ainsi que de l’oligarque Delyan Peevski, sanctionné par les États-Unis et le Royaume-Uni pour des faits présumés de corruption.
Un positionnement géopolitique tranché
Au-delà de la politique intérieure, le retour de Radev dans la compétition électorale pourrait avoir des répercussions sur la ligne diplomatique de Sofia. Le président démissionnaire a exprimé des doutes quant à l’adhésion de la Bulgarie à la zone euro et s’oppose fermement à l’envoi d’aide militaire à l’Ukraine. Il a par ailleurs critiqué les dirigeants européens, estimant qu’ils ne soutenaient pas suffisamment les efforts du président américain Donald Trump pour faciliter une paix négociée.
Bien qu’il n’ait pas encore dévoilé les détails précis de sa future plateforme, Rumen Radev a récemment évoqué la nécessité d’une formation politique capable d’unir « tous les démocrates, de gauche comme de droite ». Selon Parvan Simeonov, analyste pour l’agence de sondage Myara cité par l’AFP, l’objectif de l’ancien président est clair : obtenir une majorité suffisante pour gouverner sans avoir à négocier, offrant potentiellement une issue à la crise politique qui paralyse le pays.