Élections au Népal : la promesse inattendue de l’ex-Premier ministre pour séduire la jeunesse qui l’a renversé

Les électeurs népalais se rendent aux urnes ce jeudi 5 mars pour des élections législatives déterminantes. Près de 19 millions de citoyens doivent renouveler les 275 sièges du Parlement, dans un climat politique marqué par la récente chute du gouvernement. Ce scrutin intervient quelques mois après un soulèvement populaire mené par la jeunesse, qui a profondément ébranlé les formations politiques traditionnelles du pays.

En septembre dernier, des manifestations massives déclenchées par une interdiction des réseaux sociaux ont conduit à la démission du Premier ministre de 74 ans, KP Sharma Oli, dirigeant du Parti communiste du Népal (CPN-UML). Ces rassemblements, motivés par la stagnation économique et les accusations de corruption visant l’élite dirigeante, se sont soldés par la mort d’au moins 77 personnes et la mise en place d’un gouvernement intérimaire.

Face à un électorat comprenant environ 800 000 primo-votants, les partis établis tentent d’adapter leur stratégie. Le parti de l’ancien Premier ministre Oli a ainsi remplacé la censure numérique par de nouvelles offres électorales ciblées. La formation politique propose désormais un forfait internet mobile de 10 gigaoctets par mois pour les jeunes, ainsi qu’une carte de financement de 10 000 dollars destinée aux jeunes entrepreneurs. Les manifestes électoraux ont également été rebaptisés « documents d’engagement » ou « documents de promesse ».

Ces initiatives se heurtent au scepticisme d’une partie de la population. Des témoignages recueillis par Al Jazeera auprès de jeunes électeurs et d’anciens leaders de la contestation, comme Rakshya Bam, indiquent une méfiance persistante. Les attentes se concentrent sur l’arrêt de la corruption et des réformes structurelles plutôt que sur les étiquettes partisanes. Au sein du Congrès népalais, le plus ancien parti du pays et ancien membre de la coalition gouvernementale, des changements ont été opérés avec l’élection en janvier d’un nouveau président de 49 ans, Gagan Kumar Thapa, remplaçant l’ancienne direction.

Le paysage électoral voit également l’émergence de nouvelles figures. Balen Shah, 35 ans, rappeur et ancien maire de Katmandou, se présente sous la bannière du Rastriya Swatantra Party (RSP). Il affronte directement KP Sharma Oli dans la circonscription de Jhapa-5, un bastion du CPN-UML situé à 300 kilomètres au sud-est de la capitale. Les dirigeants des partis traditionnels critiquent ces nouveaux entrants, leur reprochant un manque d’ancrage idéologique et de vision politique structurée.

Le système électoral mixte du Népal, combinant scrutin majoritaire à un tour pour 165 sièges et représentation proportionnelle pour les 110 autres, rend l’obtention d’une majorité absolue difficile pour un seul parti. Depuis la proclamation de la république en 2008, le pays a connu 14 gouvernements et neuf Premiers ministres, une instabilité institutionnelle qui demeure au centre des préoccupations des électeurs à l’approche du vote.

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