Le siège des Nations Unies à New York a servi de cadre, lundi, à un débat public du Conseil de sécurité consacré au respect du droit international. Alors que les crises se multiplient aux quatre coins du globe et que les mécanismes traditionnels de régulation des conflits semblent grippés, le Secrétaire général de l’ONU a profité de cette tribune pour dresser un tableau particulièrement sombre de la géopolitique actuelle. Loin du langage diplomatique feutré habituel, le patron de l’organisation a mis des mots crus sur la dérive qui guette les relations entre les États.
L’alerte lancée par Antonio Guterres repose sur une observation inquiétante : l’effritement progressif des normes communes au profit d’une brutalité décomplexée. Selon les propos rapportés par l’agence Anadolu, le Secrétaire général estime que l’ordre mondial est en train de basculer vers ce qu’il qualifie de « loi de la jungle ». Cette déclaration intervient quelques mois après l’adoption par les États membres du « Pacte pour l’avenir », un engagement censé renforcer le respect des obligations internationales, mais qui peine à se traduire par des actes concrets sur le terrain.
Pour étayer son propos, le diplomate portugais a énuméré les foyers de tension où cette dégradation est la plus visible. De Gaza à l’Ukraine, en passant par le Myanmar et le Venezuela, les exemples ne manquent pas. Le Sahel, région particulièrement instable ces dernières années, a également été cité comme l’un des théâtres où le droit international est traité comme un « menu à la carte ». Les violations décrites incluent l’usage illégal de la force, le ciblage délibéré des infrastructures civiles, ou encore les changements anticonstitutionnels de gouvernement.
Cette culture de l’impunité crée, selon le chef de l’ONU, des précédents dangereux. Elle encourage d’autres nations à s’affranchir des règles établies, persuadées qu’elles n’auront aucun compte à rendre. Face à cette fragmentation, Antonio Guterres a rappelé la centralité du Conseil de sécurité. Il a insisté sur le fait que cette instance demeure la seule dotée de l’autorité, en vertu de la Charte, pour prendre des décisions contraignantes relatives à la paix et à la sécurité mondiales. Aucune coalition ad hoc ni aucune autre instance ne possède cette légitimité juridique universelle.
La solution, d’après le Secrétaire général, passe inévitablement par une réforme de ce Conseil, qu’il juge essentielle pour restaurer sa crédibilité. Parallèlement, il a plaidé pour un soutien accru à la justice internationale, soulignant que la Cour pénale internationale (CPI) doit pouvoir exercer son mandat en toute indépendance. Pour l’ONU, l’équation est simple : sans mécanisme efficace de reddition de comptes, la perspective d’une paix durable reste illusoire.