Il y a des moments où le football cesse d’être un jeu pour devenir un rituel obscur, une liturgie d’intérêts où l’équité est sacrifiée avec méthode. La CAF et la FIFA, ces deux cathédrales autoproclamées du sport mondial, donnent alors le sentiment d’avoir troqué la règle contre l’arrangement, l’éthique contre le calcul, la neutralité contre la préférence.
On nous répète que tout n’est que “fait de jeu”, que l’erreur est humaine, que l’arbitrage est faillible. Mais quand l’erreur se répète toujours au bénéfice des mêmes, quand la faillibilité a une direction, quand l’humain trébuche sans jamais tomber du mauvais côté, la naïveté devient complicité.
Au Maroc, l’épisode du penalty controversé n’a pas seulement mis en cause un arbitre ; il a exposé une architecture entière de soupçons. Les images ont parlé, les ralentis ont insisté, les analyses ont convergé. Et pourtant, l’institution a serré les rangs. Silence poli, langage administratif, excuses molles. Dans les tribunes, des visages officiels ont laissé filtrer des émotions qui n’auraient jamais dû exister.
Comment un dirigeant censé incarner l’impartialité peut-il afficher une préférence sans fissurer la confiance collective ? Comment la CAF peut-elle prétendre protéger le football africain tout en donnant l’impression d’accompagner la logique du plus fort, du plus influent, du plus rentable ?
Ce pamphlet ne prétend pas distribuer des verdicts judiciaires. Il décrit une perception massive, persistante, corrosive. Depuis des décennies, la FIFA traîne des casseroles, des scandales, des enquêtes, des réformes annoncées puis ajournées. À chaque grande compétition, les mêmes refrains : penalties généreux, sanctions asymétriques, indulgences sélectives. À force, le public a appris à lire entre les lignes, à anticiper l’issue avant le coup de sifflet final. Quand le football devient prévisible par la politique, il cesse d’être crédible par le sport.
La CAF, elle, semble coincée dans une dépendance chronique. Au lieu d’affirmer une souveraineté morale, elle paraît souvent alignée, prudente, silencieuse. Elle parle de développement, d’unité, de fierté continentale, mais tolère des décisions qui divisent et humilient.
Sociologiquement, cette posture nourrit un ressentiment profond : celui d’un continent sommé d’applaudir des compétitions où il se sent lésé. Psychologiquement, elle installe une fatigue morale : pourquoi croire au mérite si la table est inclinée ? Criminologiquement, l’impunité perçue est un poison : elle banalise l’injustice et la transforme en norme.
On dira encore que critiquer, c’est perdre. Que protester, c’est être mauvais joueur. Vieil argument commode pour étouffer le débat. Mais l’amour du football n’exige pas le silence ; il exige la vérité. Et la vérité, aujourd’hui, est que la CAF et la FIFA doivent répondre à une crise de légitimité.
Pas par des communiqués, mais par des actes : transparence réelle, arbitrage indépendant, sanctions crédibles, gouvernance débarrassée des conflits d’intérêts.
Tant que ces institutions refuseront d’affronter leurs zones d’ombre, elles resteront, aux yeux de millions de supporters, non pas des garantes du jeu, mais des forteresses opaques.
Le football africain et mondial mérite mieux que des soupçons récurrents et des finales amères. Il mérite que l’on rende au sport ce qui lui appartient : l’équité, le mérite et le respect. Sans cela, les temples resteront debout, mais la foi, elle, continuera de s’effriter.
Dr Macoumba MBODJ, Sociologue