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Digues rompues, Par Saliou Guèye

Il est aberrant de vouloir constitutionnaliser le renforcement des droits de l’opposition alors que ses membres, à la moindre incartade, sont traqués, intimidés ou jetés en prison pour délit d’opinion

Depuis le Burundi où il s’est rendu pour réconcilier le président Pierre Nkurunziza en conflit permanent avec son opposition, le Président Macky Sall, par la voix de son ministre-conseiller en communication, El Hadji Kassé, est décidé à rencontrer finalement l’opposition sénégalaise et la société civile afin de discuter sur les réformes institutionnelles à soumettre à référendum le 20 mars prochain.

Avant de réconcilier les parties antagonistes à des milliers de kilomètres de Dakar, le président de la République sénégalaise a compris que charité bien ordonnée commence par soi-même et qu’il vaut mieux commencer par balayer devant sa propre porte.

Mais déjà dans son camp, des fédayins comme Aminata Touré élèvent la voix pour asséner que le Président ne reviendra pas sur certaines réformes notamment celle qui concerne la réduction du mandat présidentielle. Puisque le Conseil constitutionnel a déjà tranché le débat, la décision-avis revêt l’autorité de la chose jugée.

Depuis que le Président, visiblement embarrassé d’avoir abusé de la confiance des Sénégalais durant quatre ans, a déclaré au soir du 16 février dernier, à son corps défendant qu’il est astreint, en vertu de l’article 92 de la Constitution qui stipule que les décisions du Conseil constitutionnel sont insusceptibles de recours, de prolonger son mandat jusqu’en 2019, le régime face à une véritable bronca de l’opposition, de la société civile et de ces citoyens qui considèrent le respect de la parole comme une valeur imprescriptible.

Déjà le pays baigne dans l’effervescence d’une campagne électorale avec, d’un côté, les militants de l’Alliance pour la République à qui leur leader a enjoint de battre campagne pour le triomphe d’un oui massif et de l’autre les opposants qui s’activent à faire barrage aux réformes du président en remplissant pleinement les urnes d’un non de rejet.

Déjà les deux forces principales de l’opposition en l’occurrence le Pds et le Rewmi ont décliné l’appel au dialogue présidentiel. Sûrement d’autres segments de l’opposition et de la société civile adopteront la même position. Dès lors, il faut supputer que l’offre de concertation prônée par le chef de l’Etat risque de ne pas trouver preneur. C’est donc dire qu’entre le pouvoir et l’opposition, les digues du dialogue se sont affaissées pour ne pas dire effondrées. C’est après que le coup est parti, que la balle a atteint sa cible et que les dégâts sont constatés que le président de la République veut jouer au médecin pour atténuer la douleur.

Dans cette situation tendue, il faut préciser que le président de la République est le premier responsable. Non pas qu’il ait rabâché durant quatre ans l’engagement de réduire le septennat en quinquennat et de se l’appliquer mais qu’il n’a jamais ouvert les portes du dialogue à son opposition. Ses propos comminatoires de Kaffrine allant dans le sens de réduire l’opposition à sa plus simple expression ont montré qu’il est disposé à exclure du champ politique un des pans les plus important, c’est-à-dire son opposition et la société civile. C’est pourquoi il est absurde dans le chapelet des réformes de vouloir donner plus de poids à l’opposition au moment où il s’attelle lui-même à la démanteler en la privant illégalement d’un groupe parlementaire qui jouerait sa partition dans l’animation démocratique de l’Assemblée nationale.

Il est aberrant de vouloir constitutionnaliser le renforcement des droits de l’opposition et de son chef si ce dernier et ses partisans, à la moindre incartade, sont traqués, intimidés interpellés ou jetés en prison pour délit d’opinion.

Depuis 2012, l’opposition et la société civile appellent instamment le chef de l’Etat au dialogue. Certes un pas avait été franchi en confiant les réformes à la Commission nationale des réformes institutionnelles (CNRI) dirigée par Amadou Makhtar Mbow et en y associant toutes les forces politiques et sociales. Mais depuis la fin des travaux de la CNRI, le président a donné un coup d’arrêt au processus de concertation et de dialogue devant mettre en œuvre les réformes prônées par Mbow en déclarant qu’il ne prendrait que ce qui l’y intéresse depuis la Chine où il effectuait une visite économique. Une telle déclaration faisait suite aux clameurs de haro soulevées par son camp qui rejetait avec morgue la quasi-totalité des travaux de la CNRI. Les railleries, les quolibets, les algarades d’Ismaïla Madior Fall, d’Abdoul Mbow, de Moustapha Diakhaté et de Thérèse Diouf Faye pour décontenancer M. Mbow et son équipe surnagent encore dans nos mémoires.

Par la suite, il faut noter que le traitement judiciaire unilatéral du dossier des biens mal acquis a creusé le fossé de la division entre le président Sall et son ex-mentor Abdoulaye Wade. Ce dernier en plein procès de son fils Karim avait joint sa voix dans le concert des appels au dialogue pour juguler cette tension qui sourdait entre le pouvoir et l’opposition. Mais en guise de réponse, le président Sall, a priori consentant, avait fait savoir qu’il n’accepterait jamais sur la base de la séparation des pouvoir que l’on parlât d’affaires judiciaires. Et c’était le meilleur moyen pour torpiller toute initiative de dialogue.

Le radicalisme des fédayins

Il faut ajouter que dans son entourage, certains fédayins n’ont jamais aidé le président à ouvrir les portes du dialogue à son opposition. Au contraire, ils l’ont entraîné dans une logique politiquement mortifère où il s’en sortira difficilement. C’est à même se demander si certains conseillers extrémistes du président nichés au palais et d’autres tapis dans les officines de l’Apr, avec leur agenda politique caché, ne travaillent pas à sa perte.

Si aujourd’hui, Macky Sall s’est embourbé dans cette situation périlleuse où il lui sera difficile de s’extirper, c’est à cause de ce nœud de vipères qui exclue de ses civilités avec l’opposition toute inclination au dialogue ou aux échanges contradictoires. Leur seul credo, c’est d’engager un bras de fer ou de jeter l’opprobre sur tous ceux-là qui ne partagent pas leur schéma de pensée.

Maintenant sur quel point de la révision constitutionnelle le président qui s’est fait déjà une doctrine sur ses réformes institutionnelles veut-il engager un dialogue avec son opposition ? Si l’essence des réformes qui est la réduction du mandat présidentiel avec application immédiate est exclue de la plateforme de discussion comme l’a soutenue Aminata Touré, cet appel au dialogue risque d’être un simple prêche dans le désert. On se refuserait de croire que le président de la République veuille engager une discussion profonde sur des réformes déjà ficelées et dont la date de la soumission à référendum est déjà fixée. Tout débat ne serait que quolibétique. Et l’opposition qui analyse cet appel tardif au dialogue comme une reculade croit tenir le bon bout en rejetant l’initiative présidentielle et en décidant d’aller faire triompher le «non» majoritaire au soir du 20 mars prochain.

Ainsi après cet appel présidentiel, les interstices qui laissaient échapper quelques lueurs d’espoir de dialogue risquent de laisser place aux démons ténébreux de la rupture.

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