Devant l’urgence sanitaire à Yaoundé, la nouvelle doctrine de souveraineté exposée par le ministre Cheikh Tidiane Dieye

La capitale camerounaise est devenue, depuis le début de la semaine, le centre névralgique des discussions continentales sur les ressources hydriques. À l’occasion de l’ouverture du 23ᵉ Congrès international de l’Association Africaine de l’Eau et de l’Assainissement (AAEA), les décideurs politiques et experts du secteur ont posé un diagnostic sans concession sur la situation actuelle. Au cœur de ces échanges, la délégation sénégalaise a tenu à marquer une rupture avec les approches traditionnelles de gestion de crise.

Le ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement, Dr Cheikh Tidiane Dieye, également Président du Conseil des Ministres africains chargés de l’Eau (AMCOW), a profité de cette tribune pour exposer une nouvelle orientation stratégique. Selon les informations rapportées par notre confrère Sud Quotidien, l’intervention du ministre ne s’est pas limitée aux constats d’usage, mais a porté sur l’impérative nécessité d’aligner les actions nationales sur la « Vision africaine de l’Eau 2063 ». Cette feuille de route, adoptée précédemment à Dakar, vise à transformer l’eau en levier de développement économique plutôt qu’en simple urgence humanitaire.

Face à un auditoire composé de centaines de décideurs, Cheikh Tidiane Dieye a insisté sur le fait que l’Afrique doit désormais s’exprimer d’une « voix forte et décomplexée ». Le constat chiffré présenté lors des travaux justifie cette urgence : 2,2 milliards de personnes manquent encore d’eau potable et 3,2 milliards n’ont pas accès à l’assainissement de base. Plus alarmant encore, 447 millions d’enfants restent privés d’eau dans leurs établissements scolaires. Pour le représentant du Sénégal, ces statistiques imposent de dépasser le cadre sectoriel pour lier l’expertise technique aux décisions politiques structurelles.

Dans cette dynamique de souveraineté hydrique, le Sénégal a mis en avant son expérience en matière de coopération transfrontalière. Le ministre a rappelé le rôle central des organismes de bassin tels que l’OMVS et l’OMVG dans la construction d’une gouvernance apaisée et partagée de la ressource. Cette approche est présentée comme un modèle de stabilité et de résilience climatique exportable à l’échelle du continent.

De son côté, Blaise Moussa, président de l’AAEA, a abondé dans le même sens en appelant les États à « changer d’échelle ». Il a souligné que l’accès à l’eau relève des droits humains fondamentaux et ne saurait être traité comme une variable d’ajustement budgétaire. L’objectif affiché est de faire de 2026 une année charnière, un « point de bascule » pour l’institution et le secteur, afin que l’Afrique ne subisse plus son destin hydrique mais le maîtrise pleinement.

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