L’exploitation des ressources naturelles au Sénégal fait face à une remise en question critique de la part des acteurs de la société civile. Réunis lors de l’Assemblée générale d’Amnesty International, des experts et représentants locaux ont dressé un bilan sévère de l’impact environnemental et social des activités extractives. Au cœur des préoccupations figurent la destruction accélérée du couvert forestier à Kédougou et l’opacité entourant la gestion des incidents industriels majeurs.
L’ampleur des dégâts environnementaux dans la région de Kédougou a été chiffrée avec précision par Oumar Diao, président de l’association Alerte Kédougou. Selon les données exposées et relayées par Le Quotidien, la mécanisation de l’orpaillage traditionnel a transformé l’extraction en une entreprise de destruction massive. Pour creuser un seul trou d’extraction, appelé « dama », ce sont entre 100 et 150 arbres qui sont systématiquement abattus. Oumar Diao qualifie cette situation de véritable « carnage » écologique, soulignant que l’usage intensif d’explosifs aggrave la dégradation de l’écosystème et menace la sécurité des riverains.
Outre la déforestation, la pollution des ressources hydriques constitue un point critique. Malgré l’existence d’un décret interdisant formellement toute exploitation à moins de 500 mètres des cours d’eau, l’orpaillage semi-mécanisé continue d’opérer en violation de cette règle, affectant gravement le fleuve Falémé. Face à cette situation, les acteurs locaux identifient une incohérence législative majeure : la nécessité d’harmoniser urgemment le Code minier, le Code de l’environnement et le Code des collectivités locales. Cette réforme est présentée comme le préalable indispensable pour que les collectivités territoriales puissent exercer un contrôle réel et bénéficier des retombées économiques.
Le volet démocratique de ces exploitations est également pointé du doigt par Mouhamadou Diop, chargé de campagne pour Greenpeace Afrique. Il dénonce un « échec démocratique » caractérisé par l’inaccessibilité des études d’impact, rédigées dans un français technique incompréhensible pour des populations majoritairement non scolarisées. Cette opacité s’étend à la gestion des risques industriels, illustrée par la fuite de gaz survenue en février dernier sur la plateforme Grand Tortue Ahmeyim (GTA). L’incident n’a été communiqué que plusieurs semaines après les faits, révélant, selon les experts, une dépendance technique du Sénégal et de la Mauritanie vis-à-vis des expertises étrangères pour vérifier ou colmater de telles fuites.