Des tensions sur le fleuve Sénégal à la crise du Nil, la ressource stratégique qui redessine silencieusement la carte des conflits africains

L’eau dépasse désormais largement son statut de ressource biologique pour s’imposer comme un levier géopolitique majeur sur le continent. Selon un dossier réalisé par notre consœur Henriette Niang Kande de Sud Quotidien, cette ressource structure les économies et délimite les équilibres diplomatiques, agissant souvent comme un accélérateur silencieux des crises politiques et sécuritaires. La répartition inégale de l’or bleu, couplée à la pression démographique et aux dérèglements climatiques, transforme les bassins hydrographiques en zones de friction.

**Une cartographie des tensions, du Nil au fleuve Sénégal**

L’analyse met en lumière plusieurs foyers de tensions où la souveraineté nationale se heurte à la réalité hydrologique des fleuves transfrontaliers. Dans la vallée du Nil, la construction du barrage de la Renaissance par l’Éthiopie cristallise les inquiétudes de l’Égypte, dont l’agriculture et la population dépendent quasi exclusivement du fleuve. Malgré les cadres de négociation, la gestion collective peine à s’harmoniser avec les impératifs nationaux.

Plus près de nous, le bassin du fleuve Sénégal reste un espace de tensions latentes entre le Sénégal, la Mauritanie, le Mali et la Guinée. Les aménagements hydrauliques, bien qu’indispensables à l’irrigation, ont modifié les équilibres traditionnels, alimentant des conflits locaux entre agriculteurs et éleveurs où l’accès à l’eau devient un marqueur de domination sociale.

La situation est jugée critique dans le bassin du lac Tchad, partagé entre le Nigeria, le Niger, le Tchad et le Cameroun. La contraction drastique de la superficie du lac a détruit les moyens de subsistance, créant un terreau favorable à l’implantation de groupes armés. De même, dans la Corne de l’Afrique ou le bassin du Niger, la raréfaction des points d’eau transforme les frontières ethniques en lignes de fracture armée.

**Le modèle de résilience du Cap-Vert**

Face à ces défis, le dossier de Sud Quotidien s’attarde sur le cas singulier du Cap-Vert. Cet archipel volcanique, confronté à une aridité structurelle, a érigé la gestion de l’eau en question de survie collective. L’État y a déployé une stratégie de mobilisation maximale : barrages collinaires, récupération des eaux pluviales et transition vers l’irrigation localisée.

Au-delà de la technique, c’est la dimension culturelle qui marque la différence. La rareté a forgé une conscience collective où le gaspillage est perçu comme une faute morale. La tarification progressive et la maintenance rigoureuse des réseaux témoignent d’une politique où l’eau est gérée comme un bien commun précieux, prouvant qu’il est possible de penser le développement à partir de la rareté.

**Vers une diplomatie de l’eau**

Les experts cités soulignent que le changement climatique agit comme un multiplicateur de risques. Les conflits de demain pourraient être moins idéologiques qu’hydriques. Toutefois, l’alternative réside dans la coopération. L’existence d’accords multilatéraux et de commissions conjointes sur plusieurs bassins fluviaux démontre que la diplomatie de l’eau reste une voie praticable pour prévenir que cette ressource vitale ne devienne un ferment de guerre durable.

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