Des réseaux structurés transforment la délivrance des actes d’état civil en marché parallèle dans quatre localités stratégiques

L’état civil constitue l’ossature administrative sur laquelle repose l’existence légale de tout citoyen, conditionnant l’accès aux droits les plus élémentaires. Si la modernisation des services est souvent présentée comme la solution ultime aux défaillances du système, la réalité du terrain expose une problématique plus complexe. Des investigations menées dans plusieurs localités du pays mettent en lumière une pratique organisée qui menace la fiabilité même des documents officiels.

Au-delà des simples erreurs de transcription ou des lenteurs bureaucratiques, c’est une véritable structuration de la fraude qui a été identifiée. Selon les éléments rapportés par nos confrères de Sud Quotidien à travers une chronique d’Henriette Niang Kandé, des réseaux ont été mis au jour à Saint-Louis, Rufisque, Ziguinchor et Marsassoum. Ces pratiques, suffisamment enracinées pour provoquer des descentes administratives de haut niveau, révèlent que l’état civil tend à devenir, dans certaines zones, un marché où l’identité se négocie.

Le mécanisme décrit dépasse la simple falsification matérielle. Il s’agit de la fabrication de « doubles » et d’identités parallèles. Une même référence d’état civil peut ainsi être attribuée à plusieurs individus, créant des situations où un citoyen découvre que son identité a été utilisée ailleurs pour obtenir des droits ou travailler. Cette usurpation administrative prospère dans l’intervalle entre la naissance biologique et sa reconnaissance juridique, exploitant les déclarations tardives et les jugements supplétifs.

Les limites de la réponse technologique

Si l’État a engagé un vaste chantier de numérisation avec des millions d’actes digitalisés pour sécuriser l’enregistrement, l’analyse de la situation démontre que la technologie seule ne suffit pas à endiguer le phénomène. La fraude s’adapte et se déplace. Elle ne repose pas uniquement sur la vulnérabilité du papier, mais sur la chaîne humaine de production de l’identité.

Les « entrepreneurs du faux » bénéficient souvent de complicités internes, actives ou passives, au sein de services sous pression. La modernisation technique, sans une maîtrise rigoureuse de qui crée, valide et modifie l’acte, risque de n’être qu’un vernis sur des failles persistantes. L’intégrité du système dépend autant de la sécurisation du facteur humain que de la digitalisation des registres.

L’exclusion par abandon

En marge de cette fraude organisée, une autre réalité fragilise le système : l’absence pure et simple d’existence légale pour de nombreuses familles précaires. Des enfants grandissent sans papiers, privés d’accès aux examens scolaires et aux soins. Les audiences foraines, organisées pour pallier ces manquements, s’apparentent désormais moins à un service public classique qu’à des opérations de sauvetage administratif, tentant de réintégrer dans la République des citoyens que le système n’avait jamais enregistrés.

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