L’euphorie a laissé place à une prudence glaciale. Alors que le monde observait le transfert forcé de l’ancien homme fort de Caracas vers les États-Unis au début du mois de janvier, la diaspora vénézuélienne, notamment celle installée en Colombie voisine, entrevoyait la fin d’un long cauchemar. Pourtant, un mois après cet événement historique, le mouvement de retour tant espéré ne s’est pas concrétisé. Sur le terrain, une réalité politique et sécuritaire complexe continue de figer les frontières pour ceux qui avaient fui la répression.
Pour Luis Peche, consultant politique de 31 ans exilé à Bogota, la journée du 3 janvier a marqué un tournant émotionnel intense. Réveillé par la nouvelle de la chute de Nicolas Maduro, il décrit des scènes de liesse et des larmes partagées au téléphone avec sa mère restée à Caracas. Pour cet homme contraint à l’exil en mai 2025 après avoir été averti d’une arrestation imminente, cet événement symbolisait la possibilité tangible de rentrer chez lui.
Cependant, l’analyse de la situation politique actuelle tempère drastiquement ces ardeurs. Si Nicolas Maduro a été transféré à New York pour y être jugé, comme le précise Al Jazeera, la structure du pouvoir qu’il a bâtie n’a pas été démantelée. L’administration du président américain Donald Trump a reconnu l’ancienne vice-présidente, Delcy Rodríguez, comme dirigeante par intérim du Venezuela. Cette transition, loin de marquer une rupture totale, assure une forme de continuité au sommet de l’État qui préoccupe l’opposition.
Au-delà des nominations politiques, c’est le maintien de l’appareil sécuritaire qui constitue le frein principal au retour des exilés. Les bandes armées et les groupes itinérants, longtemps utilisés pour réprimer la dissidence, patrouillent toujours dans les rues vénézuéliennes. Ils continuent de représenter une menace directe pour quiconque exprime une sympathie envers l’opposition, perpétuant un climat de peur identique à celui qui prévalait avant le départ de l’ancien président.
Face à cette configuration, de nombreux Vénézuéliens préfèrent attendre. La crainte de subir les mêmes violences ou d’être emprisonnés dès leur retour reste vive. « Ma préoccupation est qu’il y a un changement avec le départ de Maduro, mais que le régime demeure », confie Luis Peche. Ses projets de retour sont désormais suspendus, conditionnés à une véritable évolution du climat sécuritaire à Caracas.