Le climat politique en France traverse une zone de turbulences marquée par une rupture croissante entre les citoyens et leurs représentants. Si l’érosion de la confiance envers les institutions est un phénomène régulièrement observé, les dernières données publiées par le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) mettent en lumière une dynamique plus profonde. Au-delà du simple désenchantement, c’est la structure même du système démocratique qui semble aujourd’hui remise en question par une part significative de la population.
Le baromètre annuel de la confiance politique, réalisé par OpinionWay et relayé par l’agence Anadolu, dresse un constat sévère pour l’année 2025. Seuls 22 % des Français déclarent encore avoir confiance dans la politique, un chiffre en recul de quatre points par rapport à l’année précédente. Cette défiance place l’Hexagone dans une position singulière par rapport à ses voisins européens : là où 47 % des Allemands et 39 % des Italiens maintiennent leur confiance, la France décroche, affichant des niveaux de suspicion particulièrement élevés.
Cette distance s’exprime par des sentiments négatifs prédominants. L’étude indique que 45 % des sondés ressentent de la méfiance, 40 % de la lassitude et 35 % de la morosité. À l’inverse, le sentiment de confiance ne concerne plus que 13 % des personnes interrogées. Ce rejet se traduit par un repli sur la sphère privée, 65 % des Français préférant désormais se tenir à distance de la vie politique.
Plus qu’une simple critique des acteurs, c’est une remise en cause du cadre institutionnel qui émerge. Près de six Français sur dix (58 %) estiment qu’une réforme en profondeur du système actuel est nécessaire, passant par un changement de Constitution. La confiance envers l’Assemblée nationale chute à 24 %, retrouvant des niveaux similaires à ceux de la crise des Gilets jaunes fin 2018. L’exécutif ne fait pas mieux, avec 23 % de confiance pour le président de la République et 27 % pour le Premier ministre.
Le fait le plus marquant de cette enquête réside cependant dans la montée des aspirations à un changement radical de gouvernance. Face à un système jugé inefficace par un Français sur deux, l’attrait pour des modèles autoritaires progresse. Selon les données du Cevipof, 41 % des citoyens se disent favorables à l’avènement d’un « dirigeant fort » qui n’aurait pas à se soucier des élections ni du Parlement. Une donnée qui illustre la fragilité du consensus démocratique actuel.
Dans ce tableau sombre, l’échelon local demeure la seule exception notable. Les maires conservent la confiance de 61 % de leurs administrés, contrastant fortement avec le discrédit qui frappe les députés (40 %) et les partis politiques, qui ferment la marche avec seulement 16 % de confiance.