Le processus de pacification en Colombie, patiemment construit depuis des mois au Qatar, vient de heurter un mur diplomatique dressé à des milliers de kilomètres de là. Alors que les délégations semblaient progresser vers une démobilisation, l’Armée Gaitaniste de Colombie (EGC) a annoncé mercredi la suspension immédiate des discussions. En cause : une nouvelle feuille de route sécuritaire validée directement à la Maison Blanche, remettant en question la confiance établie entre les parties.
Ce coup d’arrêt survient au lendemain d’une rencontre décisive à Washington entre le président colombien Gustavo Petro et son homologue américain Donald Trump. Selon nos informations, basées sur des éléments rapportés par Al Jazeera, c’est la teneur des engagements pris lors de cet entretien qui a provoqué la réaction du groupe armé.
**Une liste de cibles prioritaires remise à Washington**
Le point de rupture réside dans un changement de stratégie affiché par Bogota. Pressé par l’administration Trump d’adopter une posture plus offensive contre le narcotrafic, le président Petro a présenté un dossier intitulé « Colombie : l’allié n°1 de l’Amérique contre les narcoterroristes ». Ce document ne se contentait pas de statistiques sur les saisies de cocaïne ; il contenait des engagements opérationnels précis.
Le ministre colombien de la Défense, Pedro Sanchez, a confirmé que l’administration avait désigné trois « barons » de la drogue comme cibles de haut niveau. Parmi eux figure Jesus Avila Villadiego, alias « Chiquito Malo », le chef suprême de l’EGC. Une récompense de 5 milliards de pesos colombiens (environ 1,37 million de dollars) est désormais offerte pour sa capture.
Cette annonce publique, qui fait écho aux discussions privées du Bureau Ovale, est perçue par l’EGC comme une trahison des accords de principe. Dans un communiqué diffusé sur X, le groupe, qui compte près de 10 000 membres, dénonce une « violation de la bonne foi et des engagements de Doha ».
**La politique de « Paix Totale » en péril**
La décision de cibler spécifiquement les leaders avec lesquels le gouvernement est censé négocier crée une situation paradoxale. Les pourparlers, débutés à Doha en septembre 2025, avaient abouti le 5 décembre à la signature d’un engagement vers le désarmement. Le gouvernement avait même suspendu certains mandats d’arrêt pour faciliter le regroupement des combattants dans des zones temporaires.
Pour les analystes, la nouvelle posture adoptée à Washington change la donne. Gerson Arias, chercheur à la Fondation Ideas for Peace, explique que l’EGC interprète cette liste comme une menace directe : tout commandant rejoignant une zone de démobilisation s’exposerait désormais à un risque élevé d’arrestation ou d’extradition vers les États-Unis.
**Une suspension temporaire sous conditions**
Malgré la vivacité de la réaction, la porte n’est pas définitivement close. L’avocat du groupe armé, Ricardo Giraldo, a précisé que la suspension restait « temporaire » et visait à clarifier la véracité des intentions gouvernementales. L’EGC exige désormais des garanties juridiques et de sécurité personnelle avant tout retour à la table des négociations.
Cette crise met à l’épreuve la stratégie de « Paix Totale » du président Petro, qui tente de concilier les exigences américaines en matière de lutte antidrogue avec la nécessité de dialoguer pour mettre fin à six décennies de conflit interne.