C’est une page majeure de l’histoire artistique du Sénégal qui se tourne. Le ministère de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme a confirmé la disparition d’une figure tutélaire de l’art contemporain, dont le travail de la terre a transcendé les frontières nationales pour s’exposer dans les plus grandes institutions mondiales.
La nuit du samedi 24 au dimanche 25 janvier 2026 marque la fin du parcours terrestre de Seyni Awa Camara. L’illustre céramiste s’est éteinte à l’âge de 81 ans. Née vers 1945 en Casamance, cette native de Bignona laisse derrière elle un héritage matériel et spirituel considérable, bâti à partir de l’argile locale qu’elle a su élever au rang d’art universel.
Issue d’une lignée traditionnelle de potiers, Seyni Awa Camara a opéré une rupture stylistique qui a défini sa singularité. Loin de se cantonner à l’artisanat utilitaire, elle a développé une œuvre sculpturale complexe, peuplée de formes totémiques et mystiques. Ses créations en terre cuite, souvent imposantes, exploraient les thématiques de la maternité, du mariage et de la spiritualité, créant un syncrétisme visuel entre les croyances animistes et sa foi musulmane.
Comme le souligne Sud Quotidien, la reconnaissance de son talent a largement dépassé le cadre national. L’année 1989 a constitué un tournant décisif avec sa participation à l’exposition historique « Les Magiciens de la Terre » au Centre Pompidou à Paris. Cette vitrine lui a ouvert les portes des plus grands événements artistiques, dont la prestigieuse 49e Biennale de Venise en 2001, ainsi que des collections de la Tate à Londres ou de la Fondation Louis Vuitton.
Le parcours de la « magicienne de la terre » a également inspiré le septième art. Le réalisateur Philip Haas a documenté son travail dès 1990, suivi plus récemment, en 2015, par la réalisatrice Fatou Kandé Senghor avec son film « Giving Birth ». Ces derniers mois, les services du ministère de la Culture travaillaient activement à la valorisation de son œuvre en vue de prochaines échéances internationales.
Dans un communiqué officiel, les autorités ont salué la mémoire d’une artiste « authentique et intègre ». Le ministre de la Culture, au nom du Chef de l’État et du gouvernement, a présenté ses condoléances à la famille de la défunte ainsi qu’à la communauté artistique, rappelant que Seyni Awa Camara a incarné, durant toute sa vie, un dialogue fécond entre l’héritage ancestral et la création contemporaine.