Déficit d’adhésion aux projets communautaires à Saraya : Le correctif culturel majeur que Grandmother Project introduit dans les stratégies locales

Une délégation composée de quinze organisations et services techniques de l’État du département de Saraya a effectué, durant cinq jours, une immersion stratégique à Vélingara. Facilitée par l’ambassade des Pays-Bas au Sénégal, cette rencontre visait à analyser les limites des approches actuelles en matière de développement communautaire et à s’approprier l’expertise de l’ONG Grandmother Project (GMP) pour tenter de résoudre les problèmes persistants d’adhésion des populations aux programmes locaux.

Le constat dressé par les acteurs venus de la région de Kédougou est sans équivoque. Malgré les investissements et les campagnes de sensibilisation menés dans le département de Saraya, les indicateurs concernant la protection des droits des enfants et des filles peinent à s’améliorer significativement. Les organisations présentes, qui œuvrent pourtant activement sur le terrain, ont identifié deux obstacles majeurs qui freinent l’impact de leurs actions : la difficulté à mobiliser les communautés autour des stratégies proposées et la pérennisation incertaine des activités une fois les projets terminés.

Selon les informations rapportées par Le Quotidien, les participants ont pointé du doigt l’inadéquation entre les méthodes techniques souvent importées et les réalités socioculturelles du terrain. Gnama Danfakha, membre de l’Organisation communautaire de base (OCB) Dimbagima de Saraya, souligne une lacune structurelle dans les formations reçues de partenaires techniques comme World Vision. Si l’aspect technique est maîtrisé, la dimension sociale fait défaut. « Nous ne prenons pas assez en compte les cultures locales dans les stratégies que nous développons », admet-elle, expliquant que cette absence de « touche culturelle » empêche une véritable appropriation par les populations.

Ce diagnostic est partagé par les responsables des services étatiques locaux. Mouscouto Samoura, présidente du Comité départemental de Saraya pour la scolarisation des filles, note que les grossesses en milieu scolaire et les abandons persistent malgré les nombreux forums de sensibilisation. De même, Sokhna Kaba, du Service de la famille et des solidarités, qualifie les résultats de « mitigés » concernant la lutte contre les violences basées sur le genre, précisant que les stratégies, souvent conçues dans des « officines exogènes », ignorent les dynamiques locales.

C’est pour combler ce fossé que l’expertise de Grandmother Project a été sollicitée. L’approche « Changement par la culture », développée par l’ONG à Vélingara, repose sur un principe précis : la réintégration des aînés, et particulièrement des grands-mères, au cœur des dispositifs de sensibilisation. Mamadou Coulibaly, Directeur national de GMP, explique que l’objectif est d’intégrer des approches fondées sur le dialogue intergénérationnel et le consensus pour obtenir des changements de normes durables, plutôt que d’imposer des directives externes.

Durant leur séjour, les acteurs de Saraya ont alterné échanges théoriques et visites de terrain dans les villages partenaires de GMP. Cette immersion leur a permis d’observer concrètement comment la valorisation du rôle des aînés facilite l’acceptation communautaire des projets éducatifs et sociaux. Convaincus par cette méthode, les participants se sont engagés à réviser leurs modes d’intervention dès leur retour à Kédougou, en plaçant désormais les valeurs culturelles locales et les figures aînées au centre de leurs stratégies de développement.

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