Alors que le Sénat algérien examine actuellement un projet de loi hautement symbolique, le gouvernement a tenu à réaffirmer ses lignes rouges concernant le dossier mémoriel avec Paris. Lundi, le ministre des Moudjahidine a profité de cette tribune pour détailler les attentes précises d’Alger, liant l’avenir des relations bilatérales à une reconnaissance formelle des actes commis entre 1830 et 1962.
Le processus législatif touche à sa fin à Alger. Après avoir obtenu le feu vert de la chambre basse du parlement fin décembre, le texte visant à criminaliser la colonisation française est désormais entre les mains des sénateurs. C’est dans ce cadre que le ministre des Moudjahidine et des Ayants-droit, Abdelmalek Tacherift, est intervenu pour souligner la portée politique et historique de cette initiative.
**Une exigence de réparation et d’excuses**
Selon les informations relayées par l’agence Anadolu, le représentant du gouvernement a insisté sur le caractère « inaliénable » du droit des Algériens à la reconnaissance des crimes coloniaux. Au-delà du simple constat historique, le texte porte une ambition diplomatique claire : exiger des « excuses et réparations ». Pour le ministre, cette démarche est indispensable pour « renforcer la justice historique et établir des relations fondées sur le respect mutuel ».
« L’Algérie ne transige jamais sur sa mémoire nationale », a-t-il martelé devant les membres de la chambre haute, précisant que l’État n’accepterait « aucun compromis » sur ce dossier, quels que soient les contextes politiques.
**Un texte de 27 articles pour verrouiller la mémoire**
Le projet de loi, qui doit être soumis au vote mercredi prochain, ne se contente pas d’une déclaration de principe. Il comporte 27 articles répartis sur cinq axes. Ces dispositions visent à définir la nature juridique des crimes commis par la France coloniale, en les classant comme imprescriptibles. Le texte établit également les mécanismes légaux permettant d’engager la responsabilité de l’État français.
Pour justifier cette approche législative, Abdelmalek Tacherift a dressé un tableau sombre de la période 1830-1962, évoquant des crimes « dont l’atrocité et l’ampleur ont franchi toutes limites ». Il a notamment cité l’exil, les déplacements forcés, la torture systématique et les tentatives d’effacement de l’identité nationale. Selon lui, ce texte constitue un « devoir moral » envers les millions de victimes et permet de graver dans le marbre juridique des faits qui ne « peuvent tomber dans l’oubli ».
L’esclavage,la colonisation et néocolonialisme. Quand Est-ce que la France va nous lâcher ?