CPI : l’audience de l’ex-président philippin s’ouvre avec une dérogation particulière accordée par les juges

La Cour pénale internationale (CPI) de La Haye entame ce lundi une audience de quatre jours pour déterminer si l’ancien président philippin Rodrigo Duterte doit être formellement jugé pour crimes contre l’humanité. Une étape judiciaire qui démarre avec une configuration particulière concernant le principal accusé.

Âgé de 80 ans, l’ex-dirigeant ne sera pas présent dans la salle d’audience. Les juges ont en effet accédé à la requête de sa défense l’autorisant à renoncer à son droit de comparaître, et ce, bien qu’il ait été médicalement déclaré apte à participer aux débats. Cette audience de confirmation des charges doit permettre d’établir si les éléments à charge sont suffisants pour justifier l’ouverture d’un procès. À l’issue de ces quatre jours de travaux, la chambre disposera d’un délai de 60 jours pour rendre sa décision par écrit.

Les procureurs de la CPI ont retenu trois chefs d’accusation contre Rodrigo Duterte, le liant à au moins 76 meurtres commis entre 2013 et 2018 dans le cadre de sa violente campagne de répression antidrogue. Le premier chef d’inculpation concerne 19 assassinats perpétrés lorsqu’il était maire de Davao City. Le deuxième porte sur la mort de 14 individus qualifiés de « cibles de grande valeur » durant sa présidence. Le dernier couvre 43 meurtres commis lors d’opérations de « nettoyage » visant de présumés petits trafiquants. Le bilan global de cette politique sécuritaire est estimé à près de 30 000 morts.

Pour les familles des victimes, l’ouverture de cette procédure constitue une avancée majeure. Interrogée par la chaîne Al Jazeera, Llore Pasco, dont les deux fils ont été tués en 2017, a qualifié cette journée de « moment de vérité », espérant que les magistrats entendront « le cri des victimes ». Luzviminda Siapo, une autre mère endeuillée, a également confié au média qatari son souhait de voir l’ancien président répondre de ses actes devant la justice.

Arrêté à Manille en mars de l’année dernière puis transféré aux Pays-Bas, Rodrigo Duterte est actuellement détenu à la prison de Scheveningen. Dans une lettre adressée à la Cour mardi dernier, l’ancien chef d’État a réitéré son refus de reconnaître la juridiction de la CPI. Il accuse l’institution d’avoir orchestré son « enlèvement » avec la coopération de l’actuel président philippin, Ferdinand Marcos Jr. Bien que les Philippines se soient retirées du Statut de Rome en 2019 sur instruction de Rodrigo Duterte, la Cour maintient qu’elle conserve sa compétence pour juger les crimes présumés commis sur le territoire national entre 2011 et 2019.

Votre avis sera publié et visible par des milliers de lecteurs. Veuillez l’exprimer dans un langage respectueux.

Laisser un commentaire