Corruption sur les routes : Le dispositif commandé à 2500 exemplaires qui change le rapport entre policiers et conducteurs

Face aux députés à l’Assemblée nationale, le ministère de l’Intérieur a détaillé sa stratégie pour moderniser les forces de sécurité et assainir les pratiques sur la voie publique. Au-delà du cadre législatif, l’autorité a annoncé le déploiement imminent d’un arsenal technologique spécifiquement calibré pour neutraliser les tentatives de corruption routière.

C’est une mesure qui vise à modifier radicalement les interactions entre les forces de l’ordre et les usagers de la route. Interpellé lors de l’examen du projet de loi sur la sécurité privée, le ministre de l’Intérieur a confirmé la réception prochaine d’un équipement de surveillance destiné à toutes les unités opérant dans la circulation.

Selon les informations rapportées par IGFM, une commande massive a été passée pour équiper les agents de caméras-piétons. « À mon arrivée, j’ai demandé à ce que toutes les unités qui sont dans la circulation soient dotées de bodycams. On a commandé 2500 bodycams qui seront livrés incessamment », a déclaré l’autorité ministérielle devant la représentation nationale.

Une surveillance visuelle pour dissuader la corruption

L’objectif affiché est la transparence totale des contrôles. En filmant les interventions en temps réel, le ministère entend supprimer les zones d’ombre propices aux négociations illicites. Le ministre se dit convaincu que ce dispositif technique constitue une réponse définitive aux dérives constatées : « Il n’y aura plus de corruption parce que les auteurs seront filmés. »

Cette mesure concerne aussi bien la police que la gendarmerie, qui verront leurs agents de terrain dotés de ces caméras individuelles.

La fin du contact direct avec l’argent liquide

Ce déploiement vidéo vient compléter un dispositif de digitalisation déjà amorcé. Mouhamadou Bamba Cissé a précisé que le département dispose actuellement de plus de 200 PDA (assistants numériques personnels). Ces terminaux permettent d’enregistrer les contraventions électroniquement, garantissant que le paiement des amendes atterrisse directement dans les caisses du Trésor public.

L’association de ces deux outils — la caméra pour la preuve visuelle et le PDA pour la transaction financière — vise à éliminer tout contact direct d’argent entre l’agent verbalisateur et le contrevenant. Une démarche appuyée par une correspondance adressée au ministère des Finances, soulignant l’impact positif de ce système transparent sur les recettes de l’État.

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Un commentaire

  1. La corruption ne disparaîtra jamais avec de simples caméras-piétons. Tant que leur activation dépend des agents eux‑mêmes, tant que les données peuvent être “perdues”, “effacées” ou “oubliées”, ces caméras ne sont qu’un décor technologique. Elles donnent l’illusion de la transparence sans en offrir la substance.
    Le vrai problème est l’asymétrie totale entre forces de l’ordre et citoyens : une seule partie détient le pouvoir de filmer, donc le pouvoir de raconter. Dans ce déséquilibre, les abus prospèrent et la confiance s’effondre.
    Autoriser les citoyens à filmer leurs interactions avec la police et la gendarmerie change immédiatement la dynamique. Les forces de l’ordre doivent aussi porter des badges d’indentifications bien visibles. Cela protège les usagers, protège aussi les agents honnêtes, et rend la corruption plus risquée que rentable. C’est un outil simple, efficace, et déjà reconnu dans plusieurs démocraties comme un droit fondamental.
    Mais filmer ne suffit pas si les preuves sont ensuite enterrées. Il faut une structure indépendante, capable de recevoir, sécuriser et analyser les vidéos, loin des circuits internes. Une plateforme neutre, transparente, dotée d’une gouvernance pluraliste, capable de publier des statistiques, d’identifier les zones à risque et de transmettre les cas graves à la justice.
    La lutte contre la corruption n’est pas technologique, elle est institutionnelle. Elle exige un droit citoyen clair, un contrôle indépendant et des sanctions réelles. C’est seulement en rééquilibrant le rapport de force et en rendant la transparence inévitable que l’on peut espérer assécher les pratiques abusives.

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