Le Baloutchistan, province du sud-ouest du Pakistan, est le théâtre d’une escalade de violence majeure depuis ce week-end. Alors que la région pleure la perte de près de 50 personnes suite à des attaques coordonnées, les forces de sécurité ont engagé une riposte d’une intensité rarement observée ces dernières décennies. Les autorités provinciales viennent de communiquer les résultats de cette opération punitive massive.
L’armée pakistanaise n’a pas tardé à réagir. Au lendemain d’une série d’assauts meurtriers revendiqués par l’Armée de libération du Baloutchistan (BLA), les forces de sécurité ont lancé une vaste chasse à l’homme à travers la province. Sarfraz Bugti, le ministre en chef du Baloutchistan, a annoncé dimanche que les troupes et la police avaient abattu 145 combattants lors de ces opérations de représailles.
Ce chiffre marque, selon les officiels, le bilan le plus lourd infligé aux insurgés depuis des dizaines d’années. L’armée précise que 92 combattants ont été neutralisés samedi et 41 autres vendredi, dans le cadre de ce que le gouvernement qualifie de lutte contre la « Fitna al-Hindustan », terme utilisé pour désigner la BLA. Sarfraz Bugti a indiqué que les corps de ces « 145 terroristes tués » étaient sous la garde des autorités, affirmant que certains d’entre eux étaient des ressortissants afghans.
Une coordination meurtrière sur le terrain
Cette contre-offensive fait suite à des événements tragiques survenus samedi matin. Des hommes armés ont frappé presque simultanément dans les districts de Quetta, Gwadar, Mastung et Noshki. Selon les informations relayées par notre confrère Al Jazeera, ces attaques ont coûté la vie à 31 civils et 17 membres des forces de sécurité. Les assaillants, parfois déguisés en civils, ont ciblé des installations de sécurité, bloqué des routes et ouvert le feu dans des lieux publics, notamment des marchés et des écoles.
Le ministre de la Défense, Khawaja Asif, a souligné un changement de tactique inquiétant, notant que les attaques visent de plus en plus les civils et les communautés à faible revenu, et impliquent désormais des femmes combattantes.
Tensions diplomatiques et mesures d’exception
Au-delà du bilan humain, cette flambée de violence ravive les tensions régionales. Islamabad accuse l’Afghanistan de servir de base arrière aux dirigeants de la BLA et pointe du doigt une implication indienne. Ces allégations ont été fermement rejetées par New Delhi et Kaboul. Le ministère indien des Affaires étrangères a qualifié ces accusations de « sans fondement », invitant le Pakistan à traiter les revendications locales de sa population.
Sur le terrain, la vie quotidienne est désormais rythmée par des restrictions sévères. Les autorités ont interdit les rassemblements publics, les manifestations et limité la circulation. Le port de tout accessoire dissimulant le visage dans les lieux publics est également proscrit, alors que la province, riche en ressources mais économiquement sinistrée, s’enfonce dans une nouvelle période d’instabilité sécuritaire.