La diplomatie soudanaise traverse une nouvelle zone de turbulences. Alors que le conflit armé continue de ravager le pays depuis plus d’un an, les autorités de Khartoum ont vivement réagi à une initiative diplomatique menée au-delà de leurs frontières, impliquant un acteur central de la guerre civile.
Selon les informations rapportées par la chaîne Al Jazeera, le ministère soudanais des Affaires étrangères a fermement condamné l’Ouganda pour avoir accueilli Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemedti », le chef des Forces de soutien rapide (RSF). Dans un communiqué publié dimanche, Khartoum a qualifié la rencontre de vendredi entre ce dernier et le président ougandais Yoweri Museveni d’« insulte » à l’humanité et au peuple soudanais. La diplomatie soudanaise estime que cette réception bafoue les lois régissant les relations internationales, lesquelles interdisent de soutenir des forces rebelles opposées à un gouvernement légitime.
Du côté de Kampala, le discours officiel présente une tout autre perspective. Le ministère ougandais des Affaires étrangères a indiqué que les échanges s’étaient concentrés sur les moyens de mettre fin au conflit. Lors de cette entrevue, Yoweri Museveni a conseillé à son interlocuteur de privilégier le dialogue et les intérêts partagés, mettant en garde contre les dangers de la politique identitaire qu’il juge toxique. En retour, Mohamed Hamdan Dagalo a exprimé son adhésion aux principes de paix avancés par le chef d’État ougandais, tout en soulignant les graves défis institutionnels et humanitaires auxquels le Soudan est confronté.
Cette passe d’armes diplomatique s’inscrit dans un contexte d’accusations lourdes pesant sur les RSF. En guerre contre l’armée régulière dirigée par Abdel Fattah al-Burhan depuis 2023, la milice paramilitaire fait face à des dénonciations internationales. La semaine dernière, les États-Unis ont sanctionné trois commandants des RSF pour leur implication présumée dans le siège d’el-Fasher, la capitale de l’État du Darfour du Nord, tombée en octobre. Le département du Trésor américain a évoqué une campagne de violences sexuelles, de famine et de meurtres ethniques.
Parallèlement, une mission des Nations Unies a conclu que les opérations menées par les RSF dans cette même ville présentaient les caractéristiques d’un génocide. Ce conflit global a déjà entraîné le déplacement d’au moins 11,7 millions de personnes et causé la mort d’environ 150 000 individus, selon les données du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).