La gestion de la production de coca en Colombie, source de près de 70 % de l’offre mondiale de cocaïne, se trouve à un tournant diplomatique majeur. Alors que le pays a longtemps privilégié une approche militaire soutenue par Washington, l’arrivée au pouvoir de Gustavo Petro a marqué une rupture dans la méthode de lutte contre le narcotrafic. Cette nouvelle orientation se heurte désormais à la vision de l’administration américaine, à l’occasion d’un entretien au sommet prévu ce mardi.
Gustavo Petro, premier président de gauche de l’histoire moderne de la Colombie, doit s’entretenir ce mardi avec son homologue américain, Donald Trump. Au cœur des discussions figure la stratégie d’éradication des cultures de coca. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, cette rencontre met en lumière la tension entre deux philosophies distinctes : d’un côté, l’approche colombienne actuelle privilégiant le remplacement volontaire des cultures, et de l’autre, la pression américaine pour un retour à des tactiques plus agressives.
Depuis des décennies, Bogota s’appuyait sur l’éradication forcée, souvent menée par l’armée, pour détruire les champs de coca. Le président Petro a opéré un changement de cap en soulignant que cette méthode pénalisait principalement les agriculteurs ruraux pauvres sans s’attaquer aux racines du trafic. Sa politique met l’accent sur la substitution volontaire des cultures tout en maintenant la pression judiciaire sur les narcotrafiquants. Cette stratégie a toutefois tendu les relations avec les États-Unis, allié historique de la Colombie dans la région.
Sur le terrain, cette transition politique a des répercussions directes sur les communautés locales. Dans le département de Nariño, à Tumaco, des agriculteurs comme Yuli Caicedo participent activement au programme de remplacement volontaire. Membre de la communauté indigène Awa, elle a expliqué à Al Jazeera arracher elle-même les plants de coca, transformant les champs en cimetières de feuilles vertes. Pour ces cultivateurs, la coca a longtemps représenté l’unique levier de subsistance économique, malgré la violence inhérente à ce commerce.
Yuli Caicedo témoigne de la complexité de l’équation : son propre père a été assassiné par un groupe armé lié au trafic de drogue. « En fin de compte, nous étions conscients que ce que nous produisions causait de la violence », a-t-elle confié à la chaîne internationale, tout en précisant qu’il n’existait « aucune alternative » économique viable jusqu’à présent. La pérennité de ce modèle volontaire dépend désormais en partie de l’issue des discussions diplomatiques entre Bogota et Washington.