Cent ans après l’arrêté fondateur de 1926, une réalité structurelle force Mbour à reconsidérer la nature même de ses commémorations

Mbour a atteint le cap symbolique des cent ans. Érigée en commune par un arrêté colonial en 1926, la capitale de la Petite Côte marque ce siècle d’existence par une rétrospective qui va bien au-delà du simple cérémonial. Si la ville s’est construite autour de l’océan et de l’effort de ses habitants, ce jubilé met en lumière une trajectoire urbaine et sociale où les festivités se heurtent à des défis structurels majeurs.

Selon les éléments rapportés par notre confrère Sud Quotidien, l’histoire de la ville s’est écrite dans une forme d’urgence spontanée. Ancien campement de pêcheurs devenu carrefour démographique, Mbour a vu son développement dicté par les vagues migratoires et l’économie halieutique avant même l’intervention des plans d’urbanisme. Cette croissance, qualifiée de désordonnée, a laissé des marques visibles : quartiers périphériques sous-équipés et occupation anarchique du littoral témoignent d’une planification publique souvent dépassée par la vitalité démographique.

L’inventaire du patrimoine local révèle des pertes significatives. La pression foncière et l’extension urbaine ont eu raison de symboles forts, tels que le baobab millénaire « Gouye Salamakoum », disparu du paysage. De même, la lagune de Mballing subit depuis plus d’une décennie l’assaut des promoteurs immobiliers, menaçant directement la biodiversité locale. Les vestiges coloniaux et les rites traditionnels, autrefois ciment de l’identité mbouroise, s’effacent progressivement face à la bétonisation et aux logiques marchandes.

Sur le plan économique, la ville présente un paradoxe persistant. Bien que Mbour soit un moteur régional grâce à la pêche, au commerce et au tourisme via la station de Saly, la redistribution des richesses reste problématique. La majorité des acteurs, notamment les femmes transformatrices de poisson, évoluent dans un secteur informel précaire, sans protection sociale adéquate. La richesse produite localement peine à se traduire en amélioration concrète des conditions de vie pour une grande partie de la population.

Face à ce constat, la question de la gouvernance locale se pose avec acuité. Les dysfonctionnements dans la gestion foncière et la faiblesse des politiques sociales ont creusé un fossé entre les administrateurs et les administrés. Plus qu’une célébration, ce centenaire apparaît comme le moment opportun pour initier un audit citoyen de la gestion municipale, visant à rétablir un pacte de confiance nécessaire entre les élus et les habitants pour entamer le siècle à venir.

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