Cédé gratuitement pour désengorger la capitale, le montant astronomique que vaudrait aujourd’hui le foncier des Parcelles Assainies selon la communauté layène

Créées en 1974 pour répondre à une crise démographique majeure à Dakar, les Parcelles Assainies constituent aujourd’hui l’un des poumons de la capitale sénégalaise. Si ce quartier est désormais une zone d’habitation dense et prisée, son existence repose sur une donation foncière initiale dont l’ampleur financière, rapportée au marché actuel, donne le vertige. Une générosité passée que les dignitaires layènes rappellent aujourd’hui pour souligner un déséquilibre infrastructurel persistant.

**Une réponse à l’asphyxie de Dakar**

Au début des années 1970, Dakar étouffe. Les quartiers historiques comme la Médina, la Gueule Tapée ou Grand-Dakar ne parviennent plus à absorber l’exode rural massif. Face à cette saturation, le Président Léopold Sédar Senghor se tourne vers les autorités religieuses pour trouver une solution d’extension urbaine. C’est dans ce contexte que le chef de l’État sollicite, vers 1973, Baye Abdoulaye Thiaw Laye, troisième Khalife de Seydina Limamou Laye.

Selon les informations rapportées par Kawtef, le site ciblé n’était alors qu’une vaste étendue de dunes située entre Cambérène et Yoff. L’isolement de la zone était tel que les officiels qui s’y rendaient, notamment les ministres Amadou Clédor Sall et Mamadou Diop, étaient surnommés les « gouverneurs du désert ».

**364 hectares cédés sans contrepartie**

Pour honorer l’héritage de son grand-père, qui prônait l’hospitalité envers les populations rurales, le Khalife accède à la demande présidentielle sans poser de conditions financières. Seydina Issa Laye Diop, représentant du Khalife général des Layènes, détaille l’opération : « Il octroya gracieusement 364 hectares à l’État, sans réclamer un seul franc ni la moindre parcelle en retour. »

Cette superficie considérable correspond aujourd’hui à l’ensemble des Unités 1 à 26. Si l’appellation originelle « Parcelles Assainies de Cambérène » s’est effacée avec le temps, l’impact de ce geste sur la configuration de Dakar reste, lui, bien visible.

**Une valorisation qui dépasse les 1 000 milliards**

Avec l’urbanisation galopante, la valeur de ces terres a explosé. Seydina Issa Laye Diop, s’appuyant sur son expérience d’ancien banquier, livre une estimation saisissante de ce que représenterait ce don aujourd’hui. Avec un mètre carré s’échangeant désormais autour de 250 000 FCfa, la valorisation actuelle du site dépasserait les 1 000 milliards de FCfa. « C’est un apport colossal que la communauté layène a consenti pour le développement de la capitale », précise le responsable religieux.

**La demande de modernisation en retour**

Cette réévaluation financière sert aujourd’hui d’argument pour plaider la cause des foyers religieux historiques. Un contraste frappant est relevé entre les Parcelles Assainies, dotées d’un réseau d’assainissement, et les localités donatrices comme Yoff et Cambérène, qui attendent toujours une viabilisation complète.

Qualifiant la situation de « paradoxale », les représentants de la communauté invitent l’État à corriger cette asymétrie en modernisant les systèmes d’évacuation de ces quartiers traditionnels, toujours dépendants d’infrastructures précaires malgré leur rôle fondateur dans l’extension de la ville.

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