La valeur de la cryptomonnaie la plus célèbre au monde traverse une zone de turbulences majeure, s’éloignant considérablement de ses sommets historiques. Alors que le retour de Donald Trump à la Maison Blanche laissait présager une ère dorée pour les actifs numériques, la réalité économique actuelle dépeint une trajectoire inverse, marquée par une méfiance croissante des marchés traditionnels et des décisions monétaires strictes.
Le Bitcoin a chuté cette semaine à son niveau le plus bas depuis plus d’un an. Jeudi après-midi, le cours est passé sous la barre des 66 000 dollars, s’échangeant autour de 62 900 dollars vendredi matin. Ce recul s’inscrit dans une tendance baissière amorcée dès le dernier week-end de janvier, loin du pic historique de plus de 127 000 dollars atteint en octobre de l’année précédente. Depuis le début de l’année, la cryptomonnaie affiche une perte de valeur d’environ 30 %.
**Un paradoxe politique et économique**
Cette chute survient dans un contexte qui semblait pourtant idéal pour les investisseurs crypto. Le président américain Donald Trump, dont la famille détient des intérêts dans le secteur via la firme World Liberty Financial, a multiplié les initiatives favorables. Outre la promesse de faire des États-Unis la « capitale crypto de la planète », son administration a annoncé la création d’une réserve stratégique nationale incluant le Bitcoin et l’Ether, ainsi que le « GENIUS Act » pour encadrer les stablecoins.
Cependant, ces mesures politiques ne suffisent pas à endiguer les mouvements de fonds massifs. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, la demande institutionnelle s’est inversée de manière significative. Les analystes de la Deutsche Bank notent que les fonds négociés en bourse (ETF) américains, qui accumulaient du Bitcoin l’année dernière, procèdent désormais à des ventes massives. En janvier, les ETF Bitcoin ont enregistré des sorties de capitaux supérieures à 3 milliards de dollars, prolongeant une tendance observée depuis le ralentissement d’octobre 2025.
**Le poids de la politique monétaire**
Au-delà des flux de capitaux, la situation macroéconomique joue un rôle déterminant. La nomination par Donald Trump de Kevin Warsh à la présidence de la Réserve fédérale, en remplacement de Jeremy Powell, a été identifiée par le cabinet d’analyse Kaiko comme un accélérateur de cette baisse. Le maintien des taux d’intérêt, confirmé par Powell fin janvier avant son départ, combiné à l’arrivée d’une nouvelle direction, a créé un point de bascule pour un marché très sensible aux conditions de liquidité.
Adam Morgan McCarthy, spécialiste chez Kaiko, explique que le marché crypto repose sur des cycles alimentés par l’engouement (« hype »). Lorsque les volumes d’échanges diminuent, la liquidité se raréfie, exacerbant les mouvements de prix à la baisse. Ce phénomène, qualifié d’« hiver crypto », se caractérise par une période prolongée de stagnation ou de déclin, souvent amplifiée par l’instabilité géopolitique et la volatilité d’autres actifs comme l’or et l’argent.
Si certains experts, comme ceux cités par CryptoQuant, évoquent un pessimisme global croissant, d’autres rappellent que ces cycles sont historiques. Les précédents « hivers », comme ceux de 2018 ou de 2022 suite au scandale FTX, ont fini par laisser place à des rebonds, bien que la durée de la correction actuelle reste incertaine.