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“Au nom de toutes les victimes de violence” (Par Ndèye Fatou Ndiaye)

Le Sénégal a voté le 30 décembre 2019 la loi criminalisant les actes de viol et de pédophilie. Il s’agissait de modifier celle qui datait de 1965 en renforçant les sanctions par des peines pouvant aller jusqu’à la réclusion à perpétuité. Ce projet a été porté par des associations de femmes suite à une série d’agressions sexuelles qui ont particulièrement ému les sénégalais.

Jusque-là le pays, bien que signataire des nombreux accords internationaux sur les violences faites aux femmes et la pédophilie, souffrait de déficit de réglementation adapté et même de non application des textes existants. L’ambition de cette évolution législative est la dissuasion et elle devrait donc être accompagnée par de la sensibilisation au plus près des populations. Elle devrait lever le tabou des agressions, souvent étouffées, qui se déroulent dans la sphère familiale ou communautaire. Dès lors, il devient indispensable d’outiller toute la chaîne d’accusation et de défense afin d’éviter les erreurs judiciaires qui pourraient détruire ces cercles sociaux.

La charge violente du « émoin» quotidien…

C’est pourquoi la charge violente menée par M. Alassane Seck Guèye dans le Témoin du Vendredi 3 au Dimanche 5 janvier contre les femmes juristes qui ont porté ce combat me laisse sans voix et, illustre à souhait, le travail à mener auprès de la population sénégalaise. Je tiens d’abord à préciser que vous avez parfaitement le droit d’exprimer publiquement votre désaccord sur ce sujet. Pour ma part, je retrouve dans l’argumentaire que vous utilisez pour étayer vos opinions tous les ingrédients qui renforcent l’avis que cette loi vient à son heure. Tout d’abord M. Guèye, vous opposez « les braves femmes du pays profond » aux « féministes enragées, des  folles du logis et des agitées du bocage ». Dès lors, vous corroborez le cliché des personnes qui voit en toute femme qui revendique, non pas un individu doté de capacité de réflexion et d’analyse et, donc, de conception de solutions, mais, plutôt, de primate hystérique. C’est certainement le syndrome de l’utérus. Cette vision du Sénégal est dépassée car, de nos jours, les femmes des villes sont toutes des enfants ou petits-enfants de villageois; chaque famille compte des membres partis travailler ailleurs pour nourrir ceux qui sont restés ; les divers moyens de communication que sont les routes, la radio, la télévision et internet ont aussi réduit les frontières et c’est tant mieux ainsi.

Mon cher Alassane, pourquoi ?

M. Guèye, vous laissez planer un doute sur la réalité de la vulnérabilité des enfants et des femmes dans notre société quand vous parlez de « série d’agressions sexuelles supposées sur des femmes ». Vous déclarez même que ce sont les hommes qui sont beaucoup plus souvent persécutés, violentés voire assassinés par des femmes et que cela mériterait plus d’attention de la part des pouvoirs publics. Je pense que cette bataille des chiffres sur qui subit le plus le fléau de la violence dans notre société est indécente et passe complètement à côté de la question de fond. Pour autant, un rapide tour des unes de la presse durant ces derniers mois peut donner un aperçu de l’ampleur du phénomène. Il s’agit plutôt d’éradiquer la violence partout et sécuriser tous les citoyens, hommes, femmes et enfants. Cher M. Guèye, personne ne doit être laissé pour compte. Et cette mission est dévolue à l’état.

J’ai trop de respect pour les hommes !

Vous théorisez que puisque la loi sur le trafic de drogue n’a pas éradiqué le phénomène en question, donc celle qui nous intéresse dans ce texte devrait avoir les mêmes effets. Je dirai de ne pas vous arrêter en si bon chemin : quelle loi a définitivement réglé la cause incriminée depuis que les sociétés ont inventé le système judiciaire pour établir des codes de conduite ? Est-ce le cas sur le vol ? Est-ce le cas de celle sur la peine de mort ? La liste est interminable et la question vieille comme le monde. Vous affirmez que cette loi serait source d’enrichissement pour les femmes et une arme qu’elles utiliseraient contre les hommes. Cela arrive certainement et la sanction infligée aux fauteurs devra être à la hauteur du préjudice subi par les victimes. Il devrait en être ainsi dans une société normale. Mais, extrapoler ces comportements anormaux et déviants en plans ourdis par la gente féminine pour en faire un gagne-pain relève autant de la misogynie que du machisme. Allez dans les champs, prenez les transports à six heures du matin dans les banlieues, allez dans les marchés, dans les usines et dans les entreprises, observez ce qu’on peut faire avec des petits montants cotisés dans les tontines et vous trouverez de la matière pour réviser votre opinion sur les moyens qu’utilisent la très grande majorité des femmes sénégalaises pour gagner leur vie, nourrir leur famille et même bâtir des projets. Heureusement que la société travaille à reconnaître leur apport et à renforcer leur rôle dans la construction de la nation. Un dernier argument classique vient encore montrer à souhait l’étendu du travail à mener; relisez donc cette phrase : «  avec cette loi, tous les hommes peuvent commencer à  apprendre  à  se  retenir  devant  les femmes » !!! J’ai trop de respect pour tous les merveilleux hommes qui m’entourent pour psychanalyser de tels aveux. C’est peut-être là qu’il faut chercher une explication de la virulence de vos propos contres ces vaillantes femmes.

Mme Diop Blondin –  Ndèye Fatou Ndiaye

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