Dans la partie du Cachemire administrée par l’Inde, une nouvelle procédure administrative suscite une vive inquiétude au sein de la communauté musulmane. Les forces de police ont entrepris la distribution d’un document intitulé « profilage des mosquées », dont les champs à remplir dépassent largement le cadre habituel de la gestion des lieux de culte et pénètrent dans la sphère privée des responsables religieux.
Selon les éléments rapportés par nos confrères d’Al Jazeera, cette initiative policière se matérialise par un formulaire de quatre pages distribué aux comités de gestion des mosquées de Srinagar, la ville principale de la région. Si une partie du document concerne des informations logistiques classiques telles que la capacité d’accueil, l’année de fondation ou les détails fonciers, la nature des autres requêtes marque un tournant dans la surveillance exercée par New Delhi.
Des données personnelles passées au crible
Ce qui préoccupe particulièrement les imams et les muezzins, c’est le niveau de détail exigé sur leur vie personnelle. Le formulaire ne se contente pas de demander l’affiliation idéologique de la mosquée ou ses sources de financement. Il exige les numéros de passeport, les coordonnées bancaires, et va jusqu’à réclamer le modèle exact de téléphone portable utilisé ainsi que les identifiants de réseaux sociaux des religieux.
Plus intrusif encore, le document demande aux responsables de déclarer s’ils ont des proches résidant à l’étranger et de préciser à quelle « organisation » ils pourraient être associés. Une démarche similaire viserait également les madrasas (écoles religieuses) de la région.
Une atmosphère de suspicion généralisée
Pour les résidents et les clercs locaux, cette collecte de données s’apparente moins à un recensement administratif qu’à un outil de contrôle. Mohammad Nawaz Khan, fils d’un gestionnaire de mosquée, témoigne de la crainte que ces registres détaillés font peser sur la sécurité des familles dans cette zone de conflit. Le Mutahida Majlis-e-Ulema (MMU), principale organisation regroupant les groupes religieux islamiques au Cachemire, a officiellement demandé l’arrêt de cette opération, estimant qu’elle « mine la confiance au sein de la communauté ».
Sur le plan politique, la mesure divise profondément. Mehbooba Mufti, ancienne ministre en chef de la région, accuse les autorités de transformer les mosquées en « scènes de crime » et dénonce un traitement discriminatoire qui ne s’applique pas aux temples ou aux églises. À l’inverse, le parti au pouvoir, le BJP, défend cette mesure par la voix de son porte-parole Altaf Thakur, arguant que la surveillance est nécessaire pour garantir la transparence et empêcher l’utilisation des lieux de culte à des fins de propagande politique ou séparatiste.