Alors que les méthodes des agences fédérales américaines en matière de gestion des frontières font régulièrement l’objet de vifs débats outre-Atlantique, une nouvelle enquête vient mettre en lumière une connexion inattendue avec l’hexagone. D’après des investigations menées par le quotidien Libération et relayées par l’agence Anadolu, plusieurs fleurons de l’industrie française fournissent des équipements et des services stratégiques utilisés directement dans le cadre de la politique migratoire des États-Unis.
Ces collaborations concernent notamment l’Agence américaine de l’immigration et des douanes (ICE) et la police aux frontières, des entités au cœur du dispositif de contrôle et d’expulsion.
Des drones et de l’assistance logistique
Parmi les entreprises citées, la filiale américaine du groupe Capgemini est pointée du doigt pour son rôle présumé dans l’assistance aux forces de l’ordre. Selon les éléments de l’enquête, la société aurait contribué à l’identification et à l’expulsion de migrants en situation irrégulière.
Le secteur technologique est également concerné à travers le groupe Parrot. Des appels d’offres consultés sur des sites gouvernementaux indiquent que les drones de l’entreprise française équipent les agences fédérales. Le modèle « Anafi USA Mil », distribué par Darley Defense, est spécifiquement conçu pour répondre aux exigences du Département américain de la sécurité intérieure (DHS). Interrogé sur ce point, Parrot a confirmé que le DHS constitue un « client historique » et que ses drones sont utilisés par différentes agences, sans toutefois détailler l’usage opérationnel précis qu’en font l’ICE ou la police aux frontières.
La controverse autour des données biométriques
L’enquête aborde également le cas de Thales, soupçonné d’avoir participé au développement du système « Ident ». Ce dispositif de gestion de données biométriques est utilisé par l’ICE pour relier des informations biographiques aux empreintes digitales afin de vérifier les identités. Un document du DHS mentionne l’utilisation de ce système dans le processus de contrôle.
Face à ces allégations, le groupe Thales a tenu à préciser la nature de ses activités. L’entreprise affirme que sa contribution s’est limitée strictement à la gestion des empreintes digitales et assure ne plus avoir « aucune relation contractuelle avec l’ICE ». Thales qualifie de « diffamatoire » toute information suggérant le contraire, insistant sur le fait que ses solutions technologiques sont fournies « dans un cadre contractuel, légal et précisément défini ».
Ces révélations surviennent dans un climat de tension aux États-Unis concernant les opérations des services d’immigration, particulièrement scrutées après des incidents tragiques, dont la mort de deux personnes lors d’interventions à Minneapolis.