Au cœur de Los Angeles, la barrière historique franchie par la légende nigériane Fela Kuti face à l’académie des Grammy

C’est une reconnaissance qui aura pris du temps, mais qui finit par inscrire le nom du « Black President » dans les annales de l’industrie musicale américaine. Ce samedi à Los Angeles, lors d’une cérémonie organisée en marge de la 68e édition annuelle, l’académie des Grammy Awards a posé un acte inédit envers le continent africain, honorant une figure qui, de son vivant, n’avait jamais cherché l’approbation de l’establishment occidental.

Le créateur de l’Afrobeat, Fela Anikulapo Kuti, est devenu officiellement le premier Africain à recevoir le « Lifetime Achievement Award » (Prix pour l’ensemble de sa carrière). Cette distinction, remise à titre posthume près de trente ans après sa mort en 1997, a été accueillie par sa famille présente sur place avec un mélange de fierté et de réalisme lucide.

**Une consécration tardive mais symbolique**

Selon les informations rapportées par Al Jazeera, la fille du musicien, Yeni Kuti, a accepté cet honneur au nom de son père. Si elle se réjouit que l’œuvre de Fela soit enfin célébrée à ce niveau, elle ne manque pas de souligner le paradoxe temporel de cette gratification. « La famille est heureuse. Mais Fela n’a jamais été nominé de son vivant », a-t-elle rappelé, qualifiant cette étape de « mieux vaut tard que jamais », tout en insistant sur le chemin qu’il reste à parcourir pour une juste représentation des artistes du continent.

Pour Lemi Ghariokwu, l’artiste derrière 26 des pochettes d’albums emblématiques du musicien, cette première historique est un signal clair. Il estime que si une figure aussi radicalement anti-système que Fela peut être reconnue par l’institution suprême de la musique américaine, cela prouve que les créateurs africains doivent redoubler d’efforts et d’authenticité.

**Le paradoxe de l’institutionnalisation d’un rebelle**

L’ironie de la situation n’a échappé à personne dans l’entourage du défunt. Fela Kuti, qui avait déclaré sa résidence de Lagos « République de Kalakuta » indépendante et dont l’album « Zombie » chargeait violemment les militaires nigérians, entretenait des rapports conflictuels avec toute forme d’autorité.

Yemisi Ransome-Kuti, cousine et chef de la famille, confie à nos confrères d’Al Jazeera que la réaction du musicien aurait probablement été teintée d’indifférence personnelle. « Connaissant l’homme, il aurait peut-être dit : merci, mais non merci », glisse-t-elle. Selon elle, Fela n’était pas motivé par le regard extérieur ou les trophées, mais par l’impact de sa musique sur sa communauté et son continent.

Toutefois, elle concède qu’il aurait perçu la valeur stratégique de ce prix : un moyen d’ouvrir la porte à d’autres philosophes, musiciens et historiens africains qui attendent encore d’être mis en lumière sur la scène mondiale.

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