C’est un dossier emblématique de la crise des « gilets jaunes » qui arrive enfin devant la justice française ce lundi. Le tribunal correctionnel de Paris examine les agissements de neuf membres des Compagnies républicaines de sécurité (CRS), accusés de violences volontaires lors d’une intervention controversée survenue il y a plus de six ans. L’affaire, qui concerne des faits s’étant déroulés à l’intérieur d’un restaurant rapide, met en lumière une opération de maintien de l’ordre que même la hiérarchie policière a peiné à justifier.
**Des sanctions lourdes en perspective**
Les prévenus, âgés de 30 à 52 ans et appartenant à la CRS 43 basée à Chalon-sur-Saône, font face à des accusations sérieuses. Poursuivis pour violences volontaires avec plusieurs circonstances aggravantes, ils encourent des peines particulièrement sévères. Selon les barèmes du code pénal français rappelés à l’ouverture du procès, les agents risquent jusqu’à sept ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende.
**Retour sur l’acte III : une scène de chaos**
Les faits remontent au 1er décembre 2018, lors de l’acte III de la mobilisation des « gilets jaunes ». Cette journée avait été marquée par des tensions extrêmes, notamment des dégradations sur l’Arc de Triomphe et l’incendie de la préfecture du Puy-en-Velay. C’est dans ce contexte explosif qu’un groupe de manifestants s’était réfugié dans un restaurant Burger King de l’avenue de Wagram, dans le 17e arrondissement de la capitale.
L’enquête, relayée par l’agence Anadolu, a établi que les personnes présentes à l’intérieur de l’établissement ne commettaient ni violences ni dégradations. Elles cherchaient principalement à échapper à la saturation de l’air par les gaz lacrymogènes et à obtenir de l’eau. Une partie d’entre elles avait d’ailleurs levé les mains en signe de non-agression à l’arrivée des forces de l’ordre.
**Une intervention jugée illégitime par la hiérarchie**
L’ordonnance de la magistrate instructrice, signée en février 2025, décrit une intervention brutale. Les policiers sont accusés d’avoir frappé plusieurs individus à coups de matraque et de pied, utilisant « armes et boucliers et sans sommations ». Un élément pèse particulièrement lourd dans le dossier : au cours de l’enquête administrative, les autorités hiérarchiques elles-mêmes ont reconnu que cette intervention n’était pas légitime.
Cinq victimes se sont constituées parties civiles dans cette procédure ouverte en mai 2019, bien que d’autres victimes potentielles n’aient pas pu être identifiées. Me Arié Alimi, avocat de plusieurs manifestants, a souligné le soulagement de ses clients de voir ce procès s’ouvrir, tout en regrettant l’absence des donneurs d’ordre sur le banc des accusés. Les audiences sont prévues pour durer jusqu’à jeudi.