Assassiné à Zintan, Saif al-Islam Kadhafi laisse le champ libre à une figure militaire de l’Est libyen

La scène politique libyenne vient de connaître un tournant violent avec la mort confirmée de Saif al-Islam Kadhafi. Le fils du défunt dictateur Mouammar Kadhafi, figure à la fois controversée et symbolique, a été tué mardi dans la ville de Zintan, à l’ouest du pays. Cet événement brutal, rapporté par Al Jazeera, survient dans un contexte de tractations diplomatiques intenses et modifie l’équilibre précaire entre les forces rivales qui se disputent le pouvoir.

Selon les informations communiquées par son équipe politique, l’homme de 53 ans a trouvé la mort lorsque quatre hommes masqués ont pris d’assaut sa résidence avant de l’abattre. Cette attaque met fin au parcours de celui qui tentait de s’imposer comme une alternative au duopole actuel, partagé entre le gouvernement reconnu par les Nations Unies à Tripoli et l’Armée nationale libyenne basée à l’Est.

**Une disparition qui profite au maréchal Haftar**

Si Saif al-Islam ne disposait pas de force militaire significative ni de contrôle territorial concret, il conservait une influence symbolique majeure. Il incarnait l’héritage du régime de son père et captait le soutien des nostalgiques de l’ère Kadhafi, localement appelés les « Verts ». Cette position en faisait un concurrent direct pour le maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de l’Est libyen.

Les analystes interrogés par Al Jazeera soulignent que les deux hommes partageaient une base électorale commune, créant une rivalité profonde. Khalifa Haftar, ancien officier du régime ayant fait défection, était perçu comme un « traître » par le clan Kadhafi. Anas El Gomati, directeur de l’Institut Sadeq, explique que « le bénéficiaire immédiat est Haftar », car Saif représentait « une alternative au modèle autoritaire » que le maréchal a construit.

**Un contexte diplomatique trouble**

L’assassinat intervient dans une séquence temporelle particulière. Il survient moins d’une semaine après une réunion signalée au palais de l’Élysée à Paris entre Saddam Haftar, fils du maréchal, et des conseillers du Premier ministre basé à Tripoli, Abdul Hamid Dbeibah. Dimanche dernier, une autre rencontre parrainée par les États-Unis s’est tenue à Paris pour discuter de l’unité nationale.

**La fin d’une ambition politique**

Capturé en 2011 par des rebelles à Zintan, Saif al-Islam avait passé six ans en détention avant que ses geôliers ne deviennent ses protecteurs. Il avait tenté un retour politique en 2021 en se présentant à l’élection présidentielle, une candidature qui avait contribué au déraillement du processus électoral en raison de sa condamnation antérieure pour crimes de guerre.

Malgré l’élimination de ce « spoiler » politique, les experts restent prudents sur l’évolution globale de la situation. Claudia Gazzini, de l’International Crisis Group, estime que si cet événement « agite les eaux », il ne provoquera pas de tempête majeure, l’impasse politique fondamentale de la Libye restant inchangée.

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