Après les critiques sur la répression en Iran, le sort radical réclamé par des députés pour l’ancien président Rouhani

Le climat politique à Téhéran atteint un niveau de tension critique suite à la répression des récents mouvements de contestation. Alors que les bilans humains divergent considérablement entre les autorités et les observateurs indépendants, plusieurs figures historiques de la République islamique ont brisé le silence pour dénoncer la gestion de la crise. Une prise de position qui a provoqué une réaction immédiate et virulente au sein de l’aile conservatrice du Parlement.

La fracture au sommet de l’État iranien s’articule d’abord autour des chiffres. Selon nos informations, basées sur des données relayées par Al Jazeera, le gouvernement iranien reconnaît officiellement la mort de 3 117 personnes lors des manifestations, rejetant toute responsabilité des forces de l’ordre dans ces événements survenus principalement les 8 et 9 janvier. Une version contestée par l’agence de presse des militants des droits de l’homme (HRANA), basée aux États-Unis, qui affirme avoir vérifié 6 854 décès et enquête actuellement sur plus de 11 000 autres cas potentiels.

Face à ce bilan, Mir Hossein Mousavi, ancien candidat à la présidence en résidence surveillée depuis 2009, a qualifié la situation de « catastrophe » qui marquera l’histoire. Dans une déclaration soutenue par 400 militants, il estime que « le jeu est terminé » et appelle les forces de l’ordre à se retirer pour permettre une transition démocratique via un référendum constitutionnel. Cette position est rejointe, avec des nuances, par d’autres poids lourds politiques comme l’ancien président Mohammad Khatami et le clerc Mehdi Karroubi, ce dernier attribuant directement la responsabilité de la situation aux politiques du Guide suprême Ali Khamenei.

L’ancien président Hassan Rouhani est également sorti de sa réserve. Lors d’une réunion avec ses anciens ministres, il a plaidé pour des « réformes majeures » et la tenue de votes publics sur la politique étrangère et l’économie, avertissant que l’État doit écouter la population pour assurer sa survie.

La réponse du camp conservateur ne s’est pas fait attendre. Dimanche, lors d’une session publique, des parlementaires ont revêtu l’uniforme du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) en signe de défiance. C’est dans ce contexte que le député de Mashhad, Nasrollah Pejmanfar, a formulé une demande d’une violence particulière à l’encontre de l’ancien chef de l’Exécutif.

S’adressant directement à Hassan Rouhani, le parlementaire a déclaré : « Aujourd’hui est le temps de la ‘réforme majeure’, qui consiste à vous arrêter et à vous exécuter ». Cette menace de pendaison pour avoir favorisé le dialogue avec l’Occident s’accompagne d’une rhétorique belliqueuse d’autres élus, comme Amirhossein Sabeti, qui réclament des attaques préventives contre Israël et les bases américaines plutôt que des négociations diplomatiques.

En parallèle de ces joutes verbales, la pression sécuritaire s’accentue sur le terrain. L’agence Fars a confirmé l’arrestation de trois personnalités, dont le journaliste Mehdi Mahmoudian et les militants Abdollah Momeni et Vida Rabbani, accusés d’avoir diffusé la déclaration de Mousavi. Ces arrestations surviennent alors qu’un groupe de 17 défenseurs des droits humains, incluant la lauréate du prix Nobel Narges Mohammadi, a qualifié la répression de « crime d’État organisé contre l’humanité ».

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